Destin des lieux occupés par les Arbalétriers

 

Maison d'Isabelle et Jardin des Arbalétriers

    Ce vaste et bel édifice, construit sur ordre de la "reine", en 1625, afin de dédommager les arbalétriers, suite au percement de la rue d'Isabelle commencé en 1620, subsista jusqu'au début du XXème siècle. Dans le décret qui en ordonna la construction, il était dit "que ce bâtiment, composé d'une grande chambre avec caves et autres appartements, devait servir pour les fêtes et récréations des membres du Grand Serment des Arbalétriers; que l'une des deux chambres qui forment le rez-de-chaussée sous les arcades dans la rue d'Isabelle, devait être habitée par le maître-arbalétrier afin qu'il fût toujours prêt à rendre ses services, et l'autre par le valet ou huissier du Serment". La grande salle devait servir aussi aux festins et  aux bals donnés par la Cour. En pareil cas, les confrères devraient s'abstenir d'y pénétrer. Toutefois sa destination première, à savoir le siège de réunion des arbalétriers cessa déjà vers le milieu du XVIIIème siècle. Cette maison devint la Bibliothèqueen 1754.  Les riches manuscrits et les livres rares réunis par les ducs de Bourgogne et leurs successeurs, et qui avaient échappé à l'incendie du Palais en 1731, y furent entreposés. Vinrent s'y ajouter les cabinets de physique  et d'histoire naturelle de l'Académie, la bibliothèque de Cobenzl et divers dons d'Abbayes, de couvents et de particuliers. A partir de 1772, le public y eut accès.  
    La biblioth!que fut fermée en 1792, lors de la première invasion française et le resta jusqu'en 1796.  Cette même année, pour cause d'humidité, la bibliothèque, c'est-à-dire le contenu, fut déménagé dans les grandes salles de l'ancienne Cour. L'Administration de la Dyle vendit la Bibliothèque le 26 novembre 1796 et elle fut démolie peu de temps après. 
    A son emplacement, on construisit le grand escalier à marches en pierres, qui, de la rue d'Isabelle, conduisait à la rue Royale. cet escalier fut lui-même reconstruit à deux reprises encore, en 1840 une première fois, et aboutissait à la petite place ornée de la statue élevée au comte Belliard, premier ministre plénipotentiaire de France auprès de Léopold Ier, en mémoire de ses services rendus à la Belgique en 1832. Il fut démoli une seconde fois en 1912. En résumé, c'est évidemment la construction de la Place Royale et de la rue Royale qui fut l'élément destructeur de ce vieux quartier de Bruxelles.

Le jardin des Arbalétriers fut lié à l'existence de la rue d'Isabelle. Bien que les Arbalétriers n'exerçassent plus leurs activités dans cet espace depuis de nombreuses années, ces lieux subsistèrent jusqu'en 1920.

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Extrait d'un plan manuscrit du XVIIIe siècle - Archives de la Ville de BXL
On peut y découvrir, le Petit Béguinage, l'Hôtel Salazar, les Hospices Terarken 
et des Douze Apôtres, et puis surtout le Jardin des Arbalétriers et la Domus Isabellae 
le long de la rue d'Isabelle

 

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Portail du Jardin des Arbalétriers en 1920



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Panorama de la rue d'Isabelle en 1909

Dans la partie inférieure gauche le Jardin des Arbalétriers avec ses arbres majestueux


Bibliographie
___________

- Archives Gén. du Royaume. Notariat. Liasse 1704
- Archives de la Ville de Bruxelles
- La rue Isabelle et le Jardin des Arbalétriers, Victor Tahon, Imp.-Ed. Rossignol et Van den Bril 1912.
- Le Quartier Isabelle et Terarken, G. Des Marez, Ed. G. Van Oest 1927
- Bruxelles Esquisse Historique, Louis Verniers, Ed. A. De Boeck 1941
 

Le Jardin aux Fleurs ou Bloemenhof
    Comme nous l'avons relaté dans la partie , les Arbalétriers du Grand Serment Royal et de Saint-Georges ont eu le bonheur de séjourner pendant près de 90 ans dans ce lieu mythique, unique à Bruxelles; le Jardin aux Fleurs. Jusqu'il y a peu de temps, diverses hypothèses, basées sur des écrits divers, ne permettaient pas de fixer de manière précise, l'année au cours de laquelle les Arbalétriers avaient été contraints et forcés d'abandonner leur Bloemenhof.
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    Grâce aux nombreuses recherches des uns et des autres Compagnons attachés à l'historique de la vénérable Gilde, et particulièrement  à la collaboration de notre Archiviste L. BERNAERTS, j'ai la possiblité d'affirmer que le Grand Serment quitta le Jardin aux Fleurs en 1940. En effet, une photographie parue dans le journal "Le Soir" du 2 décembre 1940, ne laisse subsister aucun doute. Le Jardin aux Fleurs fut démoli pour édifier à son emplacement le bâtiment de la mutuelle  DISCA.

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On peut voir, sur cette photo de presse du 2.12.1940, 
la démolition en cours du Jardin aux Fleurs.

    Le Grand Serment Royal et de Saint-Georges se retrouve donc sans local, et la Ville leur accordera une hospitalité provisoire dans le bâtiment occupé par le "Tir Communal" situé dans la partie de la même rue des Six-Jetons, au-delà de la rue Van Aertevelde.

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Il existe toujours la Place du Jardin aux Fleurs, en souvenir du Jardin historique des Arbalétriers de Saint-Georges.

Tir Communal
   
     Cette hospitalité qui devait être provisoire, en attendant que la Ville trouve d'autres locaux dignes de la vénérable Gilde, perdura jusqu'en 1996, soit pendant plus de cinquante ans. La démolition de cette construction à la façade de type militaire,  fut entamée en septembre - octobre 1996. On y édifia, à sa place, un grand bâtiment à appartements sociaux. 

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Démolition du Tir Communal : 44 rue des Six Jetons

Séjour temporaire Boulevard du Jubilé
   
     Lorsque la Ville de Bruxelles intima l'ordre à notre Grand Serment de quitter le "Tir Communal",  nous n'avions pas encore l'autorisation de prendre place dans les locaux du Borgendael. Nous nous retrouvions sans domicile fixe, ce qui était une situation tragique pour notre vénérable Corporation. Comme je l'ai déjà exposé, un aimable administrateur de la société d'une grande marque automobile, nous proposa l'hébergement dans ses installations une fois par semaine, à partir de 20:00 heures, afin de nous donner les moyens de poursuivre nos activités. Pendant six mois, de juillet 1996 à janvier 1997, nous avons donc continué nos entraînements, et appliqué le programme planifié, dans ce grand établissement de véhicules à moteur. Pour ce faire, des pas de tir mobiles furent montés dans une salle du sous-sol. Notre bienveillant protecteur mettait gratuitement à notre dispositon, la buvette, les commodités de l'entreprise et le concierge était également présent chaque jeudi soir pour nous accueillir. La cohésion du groupe put être maintenue grâce à ce Mécène compréhensif. Pour témoigner notre gratitude, notre Grand Serment a accepté de participer à un week-end "Portes ouvertes" de l'enseigne automobile. Le thème du mois fut le tir à l'arbalète, un pas de tir fut créé dans la vitrine show-room et les Compagnons exécutèrent les démonstrations de tir en connexité avec un concours relatif à notre Grand Serment.

 

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Dans le show room à l'ouverture de la réunion


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Démonstration de tir au pas de tir monté en vitrine


Place Royale ( Impasse du Borgendael)
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    Comme cela est dit déjà dans le Blog "Situations géographiques des Arbalétriers à Bruxelles", en1997, le Grand Serment Royal et de Saint-Georges prenait place dans les soubassements voûtés de la Place Royale. Début janvier, les autorités communales attribuent ces locaux à Notre Grand Serment. Le 16 janvier, le Juré Grand Argentier à qui les clefs ont été remises, invite les Compagnons à faire connaissance avec le nouveau siège de la Gilde. Ces lieux qui,
jusqu'à cette date, avaient été affectés à un des Services de la voirie de la Ville de Bruxelles, nécessitaient des travaux importants de réfection et d'aménagement pour que la vénérable Corporation puisse pratiquer sa discipline et y entreposer son patrimoine. Ces travaux étaient à la charge de la Gilde. Les Compagnons se mirent très vite à l'ouvrage, mesurant malgré tout les énormes difficultés auxquelles ils avaient à faire, vu l'ampleur de l'entreprise. (Afin d'avoir un aperçu de l'état des locaux à cette époque, visitez le Blog "Photos").
    Le 21 janvier, les Jurés (Administrateurs) tiennent leur premier Conseil (Comité) dans leur future salle du Conseil. Le 23 janvier, la première Assemblée Générale se déroule Place Royale. Le 30 janvier, sous l'impulsion de notre Archiviste Luc BERNAERTS, justement impatient, au moyen d'une installation de fortune, le premier tir a lieu sous les voûtes de l'aire centrale. 

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Plan des soubassements

    Le Borgendael ne fut pas toujours une impasse. C'était historiquement un chemin, un vallon longeant le "Borch" , la forteresse ou le château des Souverains de Bruxelles. Ensuite fut construit le superbe palais ducal et le chemin s'allongea jusqu'à la rue de Brederode actuelle. Ce devint une voie séparant le palais des Ducs de Bourgogne de l'Abbaye de Coudenberg. Après l'incendie du palais (1731), Borgendael fut aussi le nom donné à tout un espace qui a marqué son époque pour son autonomie ou son état indépendant exempt de taxes. Cet espace réduit de Bruxelles ne fut jamais sous la juridiction du Magistrat. "C'était le Souverain qui y  entretenait le pavé? Ceux qui y habitaient ou s'y retiraient, étaient affranchis de tout arrêt civil pour leur personne. On y exerçait des métiers et le négoce sans en avoir acquis la maîtrise en ville, sans avoir les charges bourgeoises comme celles du guet et de garde."
    Dans cette étendue limitée par l'Hôtel de Belle-Vue et le Coudenberg, il y avait un groupe de trente maisons dépendantes du château des Burgraves de Bruxelles. * Ces demeures étaient franches. N'importe qui pouvait s'y réfugier et on y  retrouvait des criminels comme des banqueroutiers qui tentaient ainsi de se soustraire aux poursuites. De même les ouvriers qui s'établissaient au Borgendael, étaient affranchis de la maîtrise. Une convention conclue en 1774 entre le comte de Sart, Châtelain de Bruxelles et les échevins et députés de la commune Vandevelde et de Locquenghien, abrogea la franchise dont bénéficiaient ceux qui se réfugiaient au Borgendael.
    Après la construction de la place Royale les maisons furent rasées et le Borgendael n'eut plus d'issue vers la place du Trône. Les Hôtels Belle-Vue et l'un de Coudenberg furent édifiés de part et d'autre de l'entrée de l'Impasse du Borgendael.


    Actuellement, l'impasse du Borgendael, comme le dit très bien d'Osta, "est assurément la plus aristocratique impasse de Bruxelles", puisqu'elle s'ouvre à la place Royale, sous un portique monumental, fermé par une grille majestueuse, et s'étend entre les murs postérieurs du Palais Royal et de l'église Saint-Jacques, les façades de l'ancien Hôtel de Coudenberg, occupé par la Cour Constitutionnelle, et s'arrête à l'entrée du très beau local musée des Arbalétriers du Grand Serment Royal et de Saint-Georges.

(*) Le Burgrave , soit encore le Vicomte de Bruxelles, était le Châtelain qui avait charge, par ailleurs héréditaire, de la défense du palais et de la ville. Il lui incombait de faire sonner le tocsin à l'approche d'un assaillant. Borgendael doit donc son nom à la présence de la résidence seigneuriale du Burgrave.

Bibliographie

1. Les Arts et les Artistes à la Cour de Bruxelles - Paul Saintenoyt
2. Guide des Voyageurs dans Bruxelles - Colin de Plancy.
3. Dictionnaire historique et anecdotique des rues de Bruxelles -  Jean d'Osta 
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