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Origine

Pour des raisons historiques, les liens entre le Grand Serment de Saint-Georges et les Nations de Bruxelles furent toujours très étroits. En effet le Bourg-Maître des Neuf Nations était l'autorité de commandement des Arbalétriers. De plus, les Arbalétriers étaient la Force Armée ou la Police qui assurait la protection des Nations et qui faisaient régner l'ordre. Chacune des sept portes et les deux tours de l'enceinte de la Ville étaient sous la direction d'une Nation et la défense était assurée par les Arbalétriers. C'est ainsi, notamment, que les Arbalétriers de Saint-Georges avaient la charge de la défense de l'Hôtel de Ville.

Bruxelles reçut sa "Keure" (Charte) en 1229 de Henri le Guerroyeur, duc de Brabant. Cette Charte confère à la Ville une législation particulière, et à ses Bourgeois des droits politiques, économiques et juridiques. La condition de Bourgeois devient héréditaire: est Bourgeois, le citadin issu d'une famille bourgeoise, et qui jure, à quinze ans, de respecter la "Keure". Elle peut aussi s'acquérir par le serment à la "Keure" et le paiement du DROIT DE BOURGEOISIE.
Avec l'extension de la Ville, les propriétaires des grands domaines agricoles du lieu, morcelèrent les mieux situées de leurs terres pour les transformer en terrain à bâtir, cédant la jouissance de ces derniers contre un cens rémunérateur. Par ailleurs, ils donnèrent à travailler la laine provenant des troupeaux qu'ils entretenaient dans les grasses prairies de la Senne. - 

Utilisant les avantages de leur situation, les détenteurs de grands domaines fonciers prirent en fait la direction des affaires économiques dans la cité. Ils constituèrent la plus ancienne corporation bruxelloise : la "GILDE", mot qui désigne, à l'origine, exclusivement l'association drapière, dont l'origine remonte au XIIème siècle. Fondée par les nobles, la Gilde est toujours restée l'apanage des milieux lignagers (patriciens). Le mot "lignage" reflète sans doute leur descendance en droite ligne de cette noblesse rurale et le titre de membre de la Gilde était de fait héréditaire.
Ces familles, dont les Clutine étaient à l'époque la plus puissante, firent bâtir à leur usage les premières habitations en pierre de Bruxelles, les "steenen", qui au XIIème siècle étaient au nombre d'une douzaine.

Le travail de la draperie était divisé entre les groupes d'ouvriers spécialisés travaillant à domicile: cardeurs, fileurs, tisserands, foulons et teinturiers. Déjà une partie de la production était exportée à l'étranger, ce qui présuppose l'existence de réseaux commerciaux, de moyens de communication, des structures monétaires et financières. Bien avant celle de Londres, la draperie devint l'activité économique essentielle de Bruxelles. Peu à peu l'organisation de la Gilde relevait d'un acte de capitalisme précoce générant son propre prolétariat. Tisserands, foulons et teinturiers formaient une population revendicatrice et turbulente, refoulée la nuit, au-delà des remparts, et obligée de sortir de la ville le soir venu dès que sonnaient les cloches. (Telle est l'origine curieuse du mot "clochard"). Il leur était interdit de s'assembler et de cotiser à des fins d'entraide.
Aussi, le XIVème siècle fut-il marqué par des soulèvements et des émeutes menées par les tisserands et foulons, parfois avec un certain succès, puisqu'en 1303, le patriciat fut contraint de partager le pouvoir communal avec des jurés délégués de la plèbe, mais cette conquête fut bientôt suivie par une répression terrible et les principaux meneurs plébéiens furent enterrés vivants.
 
En 1340 de violentes émeutes éclatèrent à Louvain et à Bruxelles. Leur cause: la misère
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des ouvriers de la draperie. Pourtant, en 1333, tisserands et foulons étaient parvenus à se faire reconnaître le droit d'association, avaient formé deux groupes corporatifs avec, à leur tête, des "jurés" habilités à traiter en leur nom.
La corporation , personne morale, constituait pour la plèbe, un puissant moyen d'émancipation sociale et politique, bien que l'objet fut avant tout de nature économique, elle présentait un double avantage: elle donnait au client une garantie de bonne façon et à ses membres une protection contre la concurrence, contribuant ainsi au maintien de l'équilibre économique de la ville. Les statuts de l'association déterminaient les conditions d'admission, de travail, de rémunération, de vente et d'achat, ainsi que celles de l'apprentissage, de l'accession au rang de COMPAGNON et de MAÎTRE-ARTISAN (Louis VERNIERS). C'était un système cohérent.
A la mort de Jean III, la Famille de Louvain (nos souverains issus de la région), n'étaient plus représentée que par des femmes. C'est donc l'aînée des filles, Jeanne, épouse de Wenceslas de Luxembourg, qui lui succéda.

Avant de reconnaître l'autorité des nouveaux princes, les lignages brabançons exigèrent l'octroi d'une charte dite "DE LA JOYEUSE ENTREE", garantissant des privilèges nouveaux. Wenceslas dut céder, mais conçut de la rancune à l'égard de ceux qui avaient réduit ses prérogatives. Tisserands et foulons bruxellois jugèrent le moment propice pour entreprendre une nouvelle offensive contre les patriciens et gagnèrent alors une représentation au sein du Collège des Echevins, mais ce privilège fut éphémère.
En 1359, une ordonnance municipale stipule que chaque mois, les receveurs urbains devront rendre compte de leur gestion, publiquement. Tous les hommes des lignages et tous les Bourgeois de la plèbe pouvaient avoir connaissance des comptes.
Lors des émeutes de 1360, les bouchers se joignirent aux tisserands et foulons. Ils furent vaincus et sévèrement condamnés. La plèbe, néanmoins, resta effervescente et les patriciens qui, depuis l'avènement de Wenceslas, ne pouvaient plus compter sur le soutien du souverain, furent amenés à adopter une politique de conciliation:
- 1365: reconnaissance de 4 nouveaux groupements professionnels: 
ébénistes
tonneliers
graissiers
charpentiers
- 1368: création d'un Conseil appelé "LA LOI". La condition requise du plébéien pour en devenir membre était d'être inscrit dans un métier. Les Jurés ou chefs de métier y étaient appelés à discuter avec les échevins des mesures à prendre en matière d'impôts indirects, du paiement des aides pour le mariage, la rançon ou l'adoubement du duc, ainsi que lors de désastres, d'incendies, etc...
Ce qui facilita l'emprise des métiers sur les affaires de la ville était leur participation à l'organisation militaire et à la défense de la cité. La charge en était supportée à tour de rôle par les membres de chaque corporation. L'emploi de l'arc et de l'arbalète exigeant un entraînement constant, une troupe permanente se constitua: le Grand Serment des Arbalétriers, la Gilde de Saint-Georges, et la Petite Gilde des Archers.


Evolution

Vers la fin du XIVème siècle, la draperie commence à accuser des signes de déclin dûs à la concurrence croissante de l'Angleterre qui, n'exportant plus ses laines, s'est mise à les transformer elle-même en étoffes. Heureusement des progrès techniques annoncent l'essor de la fabrication de toiles de lin.

En 1406, la duchesse Jeanne âgée de 84 ans, disparait. Elle est la dernière représentante de l'illustre Maison de Louvain qui avait régné sur le Brabant pendant trois siècles. Le duché passe entre les mains d'Antoine de Bourgogne, puis de Jean IV, son fils et successeur.
En 1420, Jean perd totalement la confiance de ses sujets à cause de ses prodigalités excessives. Il s'enfuit à Bar-le-Duc accompagné d'un certain nombre de patriciens bruxellois et il y forme une coalition contre son propre pays. Il parvient à rassembler une troupe de 1500 cavaliers et rentre à Bruxelles. Aussitôt les métiers en armes occupent la Place du Marché et se font livrer les principaux "complices" du duc. Cette révolution démocratique leur valut dès lors le PRIVILEGE DU 11 FEVRIER 1421, lequel peut se résumer comme suit:
- Les métiers se groupent du point de vue politique en NEUF NATIONS respectivement sous le patronage de: Notre-Dame, Saint-laurent, Saint-Christophe, Saint-Gilles, Saint-Géry, Saint-Jacques, Saint-Jean, Saint-Pierre, Saint-Nicolas. (ceci en référence aux paroisses de l'époque).
- Ces Nations reviennent sous les mêmes dénominations dans l'actuelle association historique, avec la nuance de certaines extrapolations ou mises à jour. C'est ainsi qu'un agent de voyage figure comme Compagnons dans la Nation Saint Nicolas qui comportait autrefois le métier de charron.
- Création de six mandats de Conseillers des nations (appelés "Jurés").
- Création d'un poste de Bourg-Maître des Nations, à côté de celui émanant des Lignages. Cette fonction et ce titre revivent dans l'actuelle association.
- Deux mandats de receveurs furent créés, dont l'un était attribué à un plébéien. 

 
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Maison de Bourgogne

Les ducs de Bourgogne délaissèrent l'ancienne capitale du Brabant, Louvain, de sorte que Bruxelles devint le lieu de séjour favori de la Cour, dont la présence favorisa l'essor de prestigieux artisanats de luxe (tapisserie, orfèvrerie, cuirasses, armes ouvragées, etc...).
La construction participa à cet essor, les bâtisseurs s'étant organisés dans le cadre de la corporation des"Quatre Couronnés" comprenant les maçons, tailleurs de pierre, sculpteurs et ardoisiers. Certains artisans, notamment les tailleurs de pierre, sculpteurs, charpentiers ou ébénistes dépassèrent les limites de leur métier et devinrent architectes, incorporant dans la conception du bâtiment les principes et formes tirées du travail du bois et de la pierre. (Il est bon de rappeler, que sous d'autres cieux et à une autre époque, les fameuses colonnes des ordres classiques: dorique, ionique et corinthien, s'inspirèrent tout simplement de troncs d'arbres précédemment utilisés comme supports). 
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Costume de ville de Bourgeois 
aisé en Brabant au XVème s.
 
Les bases étaient jetées pour la participation des corporations à l'administration de Bruxelles. Toutefois les sept échevins restèrent des patriciens et leur influence resta prépondérante. la Gilde demeura également sous l'autorité du patriarcat.

Comme tous les souverains puissants régnant sur de vastes territoires, les ducs de Bourgogne succombèrent à la tentation de la centralisation. Ils privilégiaient l'uniformisation et s'opposaient aux législations particulières et diversifiées, aux chartes, et en particulier celles des cités. De même firent-ils fi de ce que l'on appelerait aujoursd'hui "les acquis sociaux" des métiers. Mais pour les Bruxellois, cette tendance était tempérée, voire même compensée et "surcompensée" par la munifiscence et le faste de certains de ces ducs, tels que le "Grand Duc d'Occident" dit Philippe le Bon (1430-1467), que le Roi de France lui-même jalousait. Bruxelles bénéficiait, plus qu'aucune autre ville, de l'épanouissement des Pays-Bas devenus l'un des foyers les plus brillants de la civilisation de l'Occident.

Cette politique de centralisation fut pourtant plus brutale sous Charles le Téméraire (1467-1477), qui, avec une morgue cinglante, humilia les fières cités de ses pays. Les Bruxellois furent tenus de contribuer en "soldeniers" (hommes recrutés dans les métiers, armés et équipés à leurs frais, essentiellement les arbalétriers) et en subsides aux guerres incessantes de leur souverain, ce qui les ruinait doublement. D'abord par les subsides et contributions, ensuite par les effets des guerres subsidiées par eux. Face à la grogne manifeste des habitants, Charles le Téméraire menaça de faire tomber les remparts de Bruxelles, mais il mourut avant de pouvoir mettre sa menace à exécution. La population délivrée exigea de son héritière, Marie de Bourgogne, l'abolition de toutes les mesures centralisatrices de ses prédécesseurs. C'est l'acte connu sous le nom de GRAND PRIVILEGE de Marie de Bourgogne.

Mars 1477 vit éclater une insurrection à Bruxelles dont les membres radicaux de la corporation des Quatre Couronnés furent les meneurs. Elle visait non seulement les Echevins patriciens, mais aussi les dignitaires des Neuf Nations, accusés d'avoir trop souvent "ignoré" les "droits des exclus" de ce temps-là. L'Hôtel de Ville fut même pris d'assaut par la plèbe. Plusieurs échevins furent mis à mort ou condamnés au banissement. Le triomphe de la rébellion obligea toutefois les chefs des métiers à consulter leur métier avant d'émettre un vote politique et une nouvelle organisation allait répondre à cette exigence. Les responsabilités seraient divisées entre trois corps:
- LA LOI (Le magistrat) composé de 10 patriciens (soit 1 bourgmestre, 7 échevins, 2 trésoriers-receveurs) et 9 plébéiens (soit 1 bourgmestre, 6 conseillers-jurés des Nations et 2 trésoriers-receveurs).
- LE LARGE CONSEIL composé des échevins, trésoriers et bourgmestres sortis de charge.
- LE TROISIEME CORPS était composé par les Jurés des Nations et les centeniers, chefs de quartier. Il était complété par l'Arrière-Conseil (Assemblée consultative formée par l'ensemble des métiers de la ville).
Quelques-uns de ces termes sont entrés dans le vocabulaire délibérément archaïque de l'actuelle association des Neuf Nations.

Avant 1477, les Nations votaient isolément, sans pouvoir se concerter en vue d'une éventuelle attitude commune. Désormais, après avoir consulté leur métier, les Jurés et Centeniers de quartiers discuteront par Nation. Ensuite, les Neuf Nations siègeront en commun "Sous la Couronne" (une couronne était accrochée au plafond de leur salle de réunion), puis informeront la Loi par un seul porte-parole. L'expression "sous la couronne", fréquemment utilisée dans le cadre de l'actuelle association, témoigne d'une organisation plus démocratique de l'administration de la ville. Toutefois, ces conquêtes à peine obtenues furent pratiquement invalidées, avec le consentement tacite des lignages et de la plèbe aisée, par l'exigence de Maximilien d'Autriche, époux de Marie de Bourgogne, que tout candidat plébéien à la Loi devait produire la preuve d'un revenu annuel d'au moins 50 florins. De sournoises les hostilités entre Maximilien et le pays devinrent ouvertes après le décès de Marie de Bourgogne. La guerre civile avec sa suite de pillages, famines, pestes et morts se déchaîna.

Le fils de Maximilien et de Marie de Bourgogne, Philippe le Beau (1493-1506), né à Bruges, était considéré par la population comme un prince naturel, un "enfant du pays". De ce fait, sa politique de centralisation lui parut moins contraignante, d'autant plus que Bruxelles redevint la capitale du Brabant, ce qui accéléra le relèvement de la ville. Malgré les exactions fiscales de Charles le Téméraire, la guerre civile sous Maximilien d'Autriche et la léthargie de l'industrie drapière, jamais Bruxelles n'avait connu une prospérité comparable à celle dont elle jouissait au XVème siècle, en particulier sous Plilippe le Bon.

XVIème siècle

Le XVIème siècle se divise grosso modo en deux règnes: celui de Charles Quint et celui de Philippe II d'Espagne.
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Charles Quint
Détail du tableau du Titien (1548)

Fils de Philippe le Beau, Archiduc d'Autriche, et de Jeanne, reine de Castille, Charles de Luxembourg, futur Charles Quint, naquit à Gand et fut élevé à Malines. Emancipé à l'âge de 15 ans par les Etats Généraux réunis à Bruxelles, il y reçut le gouvernement des Pays-Bas, dont le duché du Brabant faisait également partie. En 1516, il hérita du royaume de Castille et d'Aragon, de Naples et de Sicile, dont dépendaient de vastes colonies en Amérique. En 1519, il fut élu Empereur du Saint Empire.

Malgré ses immenses territoires "sur lesquels jamais le soleil ne se couchait", il resta très attaché aux Pays-Bas et passa en tout près de 24 années dans nos régions. Ayant confié les soins du gouvernement des Pays-Bas à sa soeur Marguerite d'Autriche (1518-1530) et à sa soeur la reine Marie de Hongrie (131-1555), Charles Quint paracheva l'unification territoriale et la centralisation institutionnelle des Pays-Bas commencée par ses ancêtres les ducs de Bourgogne. En dépit de cette centralisation, de la lourde fiscalité et de la hausse générale des prix, il y avait des "atomes crochus" entre l'Empereur et Bruxelles, devenue définitivement la capitale du Brabant. C'est à Bruxelles qu'eut lieu l'abdication de Charles Quint en faveur de son fils Philippe II.

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Philippe II peint par Alonso Sanchez Coello

Philippe II (1555-1598), né à Valladolid le 21 mai 1527, (Père Charles Quint - Mère Isabelle de Portugal), qui hérita des Pays-Bas, n'hérita malheureusement pas de l'attachement de son père à ses provinces du Nord. Après avoir mis un terme à la guerre contre le roi de France, il les quitta pour l'Espagne en 1559 et n'y remit plus jamais les pieds. Il s'employa à faire triompher le catholicisme, au besoin par les armées espagnoles, notamment contre les protestants des Pays-Bas. L'on peut certes imposer une religion par la force, mais non son esprit.
Il délégua à Bruxelles pas moins de neuf gouverneurs successifs (dont le fameux duc d'Albe, parfait auxiliaire de l'inquisition), sans réussir à soumettre la population au même régime autoritaire de bureaucratie tatillonne que celui de ses états espagnols.

La duchesse Marguerite de Parme, demi-soeur du roi (1559-1567) gouverna les Pays-Bas en s'appuyant uniquement sur une commission secrète (La consulta) à l'exclusion des nobles "indigènes". Les excès de fanatisme doctrinal des souverains espagnols suscitèrent la révolte de cette noblesse qui se tourna de plus en plus vers le protestantisme, lequel, à son tour, engendra des excès iconoclastes. Pour les artisans et commerçants bruxellois, le choix était difficile "entre la peste et le choléra", mais ils rechignèrent surtout à s'acquitter des charges exorbitantes imposées pour couvrir les frais des guerres de religion, sans compter de nouveaux impôts permanents. Ils firent alors ce que l'on n'appelait pas encore "la grève". Les bouchers et les brasseurs cessèrent tout travail, les boulangers refusèrent de cuire le pain, les merciers, fruitiers et marchands de drap refusèrent d'ouvrir leur boutique. Seul le soulèvement général de la Hollande et de la Zélande empêcha la vengeance du duc d'Albe, occupé ailleurs.
Philippe II fit appliquer ses principes de centralisation et d'uniformisation sur le plan politique avec le même autoritarisme sourcilleux. Les Nations furent exposées à maintes brimades. La présence de "l'Amman" fut impodée à toutes leurs assemblées, ce qui équivalait à une surveillance et une censure constantes.

Néanmoins, les métiers mettant à profit la moindre faiblesse des gouvernants, parvinrent à faire annuler les ordonnances restrictives de 1528, 1532 et 1546. Elles délibéraient désormais à nouveau en commun "sous la Couronne" et obtinrent en 1583 que les échevins soient choisis "sans avoir égard aux lignages". Hélas le gouverneur Alexandre Farnèse rétablit en 1585 le régime d'avant les troubles. La "Couronne" fut en quelque sorte à nouveau décrochée et le peuple des métiers perdit toutes ses conquêtes de la révolution démocratique de 1477.

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Sculpture en Albâtre
Cabinet des Antiques, Vienne
Dessin de Féart

XVIIème siècle

Le XVIIème siècle voit se poursuivre la domination de la branche espagnole de la dynastie des Habsbourgs sur les Pays-Bas méridionaux, après séparation d'avec les provinces septentrionales consécutive au soulèvement général dirigé par Guillaume d'Orange et qui aboutit à l'expulsion des Espagnols des territoires qui formeront les Provinces Unies. Effectivement, depuis la défaite de l'invincible Armada, la puissance espagnole était en décadence.Son vaste empire se désagrégeait graduellement et ses souverains n'avaient plus la même envergure, en bien ou en mal, que jadis. Les gouvernants dépêchés dans nos contrées reflétaient cette médiocrité.

Tout au long du XVIIème siècle, mise à part une trève de 12 ans, le territoire de notre pays fut le théâtre de guerres que se livraient l'Espagne contre Maurice de Nassau, prince d'Orange - l'Espagne contre la France - la France contre les Provinces Unies alliées à l'Espagne - la France contre la Ligue d'Augsbourg (l'Empire, l'Espagne, la Suède, la Bavière), sans compter la guerre dite "de dévolution" intentée par Louis XIV et la guerre de Trente Ans entre Catholiques et Protestants. En plus des batailles proprement dites, les troupes mal rétribuées ou pas payées du tout, passaient et repassaient dans le pays, se ravitaillaient"chez l'habitant", qui devait s'estimer heureux si la soldatesque se contentait de le piller sans le trucider. Les guerres apportaient, pour une grande partie de la population, la pauvreté, voire l'indigence et la famine. pour avoir moins de bouches à nourrir, l'on chassa les mendiants hors de la ville. Un siècle plus tôt, l'on appréhendait les mendiants valides, les menait vers un port de mer et les embarquait de force sur les galères pour aller combattre les Français et les pirates barbaresques.

En 1680, sous le gouvernement du duc de Villa Hermosa, une émeute éclata à cause d'un impôt que le tiers-état avait refusé de voter. Sous le prince Alexandre Farnèse, les Nations bruxelloises refusèrent de voter les aides demandées pour le paiement de la solde de 2000 fantassins et 500 cavaliers.

Mais l'acte de guerre le plus douloureux pour les Bruxellois fur le bombardement de leur ville par le Maréchal de Villeroy (13 août 1695). Bien sûr, à travers Bruxelles, Louis XIV visait les Espagnols, mais les boulets rouges des Français n'épargnaient pas pour autant les Bruxellois. Ils anéantirent tout le centre de la ville, soit 3830 maisons, la Halle aux Draps, les maisons corporatives de la Grand-Place, de multiples églises et couvents avec les oeuvres d'art qu'elles contenaient . . . Ce fut l'occasion pour les Métiers de donner toute leur mesure: l'on inaugura le sens unique pour la circulation des chariots, ce qui permit d'effectuer les déblayages en un temps record et la Grand-Place fut reconstruite bien plus somptueusement qu'avant, et ce en CINQ ANNEES SEULEMENT. C'était moins de temps qu'il n'en faut aujourd'hui avec nos moyens techniques modernes, pour restaurer la seule tour de l'Hôtel de Ville. Les représentants des Nations facilitèrent cette tâche en faisant respecter des prix raisonnables pour les matériaux de construction et les marchands firent preuve d'un grand civisme.

A quelque chose malheur est bon: le bombardement de Bruxelles permit la découverte fortuite dans les ruines de la Tour des Orfèvres, de l'ancienne charte du Brabant (LUYSTER VAN BRABANT). les Doyens la firent soigneusement recopier et éditer. L'un des exemplaires est toujours utilisé par l'association des Neuf Nations pour la prestation de serment de Compagnons des Nations, lors du chapitre annuel. A l'époque elle suscita un retour en force des revendications des métiers de la capitale.

S'appuyant sur leurs privilèges d'autrefois, les Nations exigèrent de nouvelles conditions en ce qui concerne les charges municipales: interdiction du cumul d'emplois publics, obligation de la prestation du Grand Serment lors de l'entrée de la magistrature ou dans une autre fonction municipale, interdiction de nommer Doyen une personne dépendante du Magistrat, interdiction du renouvellement du mandat d'échevin avant expiration de trois ans consécutifs à la sortie de charge. Les Nations exigèrent aussi la copie des comptes de la Ville et du Canal de Willebroek. Le Gouverneur fut contraint d'accéder à la plupart de ces demandes. Louis VERNIERS cite la déclaration du Doyen Pierre MOREAU: "Les privilèges ne sont que trop longtemps restés dans l'obscurité. Nous donnerons le livre des privilèges à lire à nos enfants dès leur bas âge, en place de l'abécédaire, pour qu'ils les connaissent bien et sachent les maintenir".

Mais lorsque les Nations, enhardies, proclamèrent qu'elles n'avaient plus besoin d'un "Bourgmestre-courtisan", le bourgmestre procéda à l'arrestation des Bourgeois considérés comme "fauteurs de complots" et le rôle des Neuf Nations dans l'administration de Bruxelles fut réduit à sa plus simple expression par le Règlement Additionnel de 1700.

XVIIIème siècle

Les débuts du XVIIIème siècle furent marqués par l'extinction de la branche espagnole des Habsbourg en 1700 qui entraîna l'avènement au trône d'Espagne de Phiippe V de Bourbon, Duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, ce qui valut à Bruxelles l'entrée dans la Ville des troupes françaises, qui en prirent possession au nom du Roi d'Espagne. Cela nous valut aussi d'être impliqués dans la guerre de succession d'Espagne qui opposa la France aux coalisés (Autriche, Pays-Bas, Angleterre) et ce jusqu'en 1714. Le sort de la guerre voulut même que nous fussions occupés par les troupes anglaises de John CHURCHILL, Duc de Malborough, héros de la chanson populaire "Malbrough s'en va-t-en-guerre". Les mesures de centralisation qui venaient d'être prises par les Bourbon d'Espagne (telle que la création d'une chambre de commerce centralisant toute l'autorité en matière économique et reprenant ainsi également les attributions de la Gilde) furent promptement annulées par les Anglais.

Au terme de la guerre de Succession d'Espagne, les Pays-Bas catholiques passèrent sous l'autorité des Habsbourg d'Autriche. Charmes IV (1716-1740) nous délégua en tant que gouverneur le Marquis de Prié qui, entre dans l'histoire sous le sobriquet de "Marquis de Pillé", fut l'objet de l'aversion de la population. Les Nations qui guettaient l'instant propice pour faire annuler le Règlement Additionnel de 1700, crurent le moment venu en 1717: après le renouvellement du Magistrat, les nouveaux doyens refusèrent de prêter le serment prescrit par ledit Règlement. Le Marquis de Prié décida alors de recourir à des mesures de contrainte et les Serments prirent aussitôt le parti des Bourgeois: ils occupèrent la Grand-Place et bientôt les insurgés furent maîtres de tous les quartiers du bas de la Ville. Prié donna l'ordre aux troupes de garnison de la Province de se réunir dans la capitale, mais les Bruxellois en eurent vent et contraignirent alors le gouverneur à appeler sous les armes tous les citoyens de 16 à 60 ans.
Prié annula ses ordres, mais envoya une dépêche en Autriche dans laquelle on peut lire:"Le Brabant doit perdre ses privilèges ou ses privilèges le perdront". Il ne cessa de demander des renforts à Vienne qui, dès qu'ils arrivèrent dans les murs de Bruxelles, changèrent les données de fond en comble. Prié ordonna l'arrestation des doyens et syndics les plus obstinés. Certains réussirent à s'enfuir, d'autres furent condamnés à 90 ans de bannissement et à la confiscation de leurs biens. Des "fauteurs de troubles" furent marqués au fer rouge et pendus. Le doyen Anneessens, ardoisier-tourneur de chaises, fut exécuté. Il resta jusqu'au bout d'une dignité exemplaire et devint aux yeux des Bruxellois le symbole de la liberté en lutte contre l'oppression étrangère. Les châtiments infligés inspirèrent des craintes à la masse et l'année suivante, le gouverneur obtint sans peine, le serment des doyens sur le Règlement Additionnel et le consentement à la levée des subsides pour 1719.

Il est curieux de constater une résistance aussi héroïque au nom d'un système qui était pourtant déjà dépassé, puisque de libérateur et générateur de progrès, il était devenu conservateur et représentait un carcan asservissant. En effet, les corporations n'avaient plus rien du caractère d'entraide d'autrefois et étaient animées d'un étroit esprit de caste: l'accession à la maîtrise était barrée pour les compagnons pauvres par le privilège des fils de maîtres, l'élévation faramineuse des droits d'entrée et l'obligation du chef-d'oeuvre onéreux en temps de travail et en argent. Ces compagnons auxquels toute promotion professionnelle était désormais interdite, formèrent dès lors des associations secrètes appelées "compagnonages".

Joseph II (1780-1790) succéda à l'Impératrice Marie-Thérèse. Il réforma les institutions du pays suivant un plan rationnel. C'est ainsi qu'il abolit les corporations, dont de toute façon, il ne restait plus grand chose à abolir, car un grand nombre d'entre elles avaient déjà cédé leur place à des manufactures. D'autres avaient survécu mais eurent le plus grand mal à recruter de nouveaux artisans. Il n'y avait plus guère d'hommes de métier dans le sens ancien du terme. Nonobstant le caractère rationnel des mesures bien intentionnées de Joseph II, elles heurtaient les susceptibilités des Bruxellois, parce qu'elles portaient atteinte aux antiques privilèges jadis reconnus par la Joyeuse Entrée, la Charte Constitutionnelle du Brabant. Son insistance à faire le bonheur des gens contre leur gré aboutit à un despotisme qui ne fut plus éclairé du tout et qui suscita la formation de groupes patriotiques de "résistance". La révolution brabançonne n'allait pas tarder.

Les Neuf Nations, but et structure actuels


Au 20ème siècle, les Nations se sont reconstituées à l'initiative d'un groupe d'artisans de la Grand-place de Bruxelles.

Le propos de l'association des Neuf Nations, érigée en association sans but lucratif, est de rassembler progressivement en tant que membres toute une élite de professionnels de la capitale désireux de faire revivre ces valeurs du passé en les transposant au présent. C'est dans cet esprit que chaque nouveau Compagnon y est admis sur présentation et remise d'une pièce de maîtrise ou chef-d'oeuvre garant d'un savoir-faire et d'une grande habileté professionnelle. Comme on l'exigeait jadis des maîtres artisans au Moyen Age.

A côté des membres Compagnons, il existe deux autres catégories de membres d'honneur: les protecteurs, qui par l'accession au titre de Grand Conseiller Tutélaire accordent leur caution morale à l'institution, et les ambasadeurs des Nations ou Légats, qualité reconnue à d'autres membres en reconnaissance de leur action, de leur attitude amicale ou de leur affection pour Bruxelles.
Le Grand Conseil de l'association actuelle est présidé par un Bourg-Maître assisté de huit Boetmeesters.

Les Neuf nations entretiennent des liens étroits avec les Arbalétriers du Grand Serment Royal et de Saint-Georges (anno 1381), qui étaient à l'époque les gens d'armes financés par les Nations et qui avaient la garde des portes et des tours de l'enceinte de la Ville.

Manifestations annuelles

Le Chapitre Solennel

Chaque année, les Neuf Nations se réunissent en chapitre dans la Salle Gothique de l'Hôtel de Ville, le vendredi précédant le troisième week-end de juin, vers 17:30 heures.

En costume de bourgeois du XVème siècle, il évoque une réunion du Grand Conseil. A cette occasion, de nouveaux membres cooptés sont élevés au rang de Compagnon, de Grand Conseiller Tutélaire ou de Légat.

Référence à l'autheticité historique, avant le chapitre, la finale du tir des Nations par lesarbalétriers, eux aussi en habits d'époque, dans la cour de l'Hôtel de Ville. Elle récompense l'arbalétrier le plus habile. Autre référence au passé, pendant le chapitre, une collecte est organisée au profit d'une oeuvre en vue de rappeler le système de mutuelle établi par les corporations afin de prendre en charge malades et blessés. Le revenu de cette collecte est intégralement reversé au profit d'une institution caritative à l'intérieur des murs de la première enceinte.

L'Ommegang

A l'occasion du prestigieux cortège de l'Ommegang, les représentants des Nations tiennent place dans la tribune d'honneur aux côtés de l'Empereur Charles Quint. Ainsi une belle page d'histoire est devenue du Folklore vivant.

Texte ancien du Serment de fidélité
(rédigé en vieux flamand, il était prêté à Bruxelles par toute personne lors de son admission en bourgeoisie).

Ik u gelove sekere en sweere dat ik van deze dage voirtaen sal zyn goet en getrouwe onsen genedigen heere den hertoge van Braband ende stadt van Brussel, dat ik niet en sal verraden zyn lant, zyne steden, zyne sloten, zyne ondersaeten, noet zyn volck; de geboden van der stadt ende koeren der selver sal ik hulpen houden mae myn beste macht en nae myn beste wethenheit.
Soe hulpe my God en alle zyne heyligen.
Traduction libre:

Je promets, certifie et jure que, désormais, je serai obéissant et fidèle à notre gracieux seigneur, le duc de Brabant, et à la Ville de Bruxelles, que je ne livrerai pas son pays, ses villes, ses forteresses, ses sujets ni son peuple; que j'aiderai à maintenir les ordonnances de la Ville et ses "keures" de toutes mes forces et de tous mes moyens.
Ainsi m'aident Dieu et tous ses Saints.
 
Contact

Les Neuf Nations de Bruxelles - 1421 asbl
23, Grand-Place à 1000 Bruxelles - Belgique
Harold SEMAL, Bourg-Maître
Téléphone: +32 2 351 00 55
Télécopie: +32 2 351 4045
Courriel: haroldsemal@skynet.be
Site Internet: http:// www.lesneufnationsdebruxelles.be
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