Publication reprenant tout ce qui se rapporte à l'arbalète, aux Sociétés d'Arbalétriers en général et aux Serments d'Arbalétriers en particulier, à Bruxelles et à son Histoire.

    "C'est grâce au souvenir du temps passé que les traditions se perpétuent" disait Henri LEBON. 
Cela peut paraître un truisme. Et pourtant, en réfléchissant à la chose, il apparait malheureusement que, dans divers domaines, les traditions se perdent. En réfléchissant aux causes, on peut conclure que nous avons mauvaise mémoire.  Il s'avère donc nécessaire de rappeler les évènements du passé, d'en parler, de retracer ce qui a été fait, de parler de faits importants, de ce qui s'est passé. Mais pour ce faire, il faut trouver son information quelque part. Il n'y a aucun doute : le meilleur support est l'écrit. "VERBA VOLANT, SCRIPTURA MANENT". 
    En 1993, je fis part de mes inquiétudes à mon collègue Michel DE CAMP, Greffier du Grand Serment, et il fut d'accord avec moi pour regretter la non existence de "journal" du Grand Serment Royal et de Saint-Georges. Je lui fis part de ma volonté de palier cette carence en éditant notre propre périodique d'information au sens général du terme. Il fut enthousiasmé par cette idée et désireux d'y collaborer. Nous étions conscients des difficultés auxquelles nous nous exposions, des problèmes qui nous attendaient, entre autres d'ordre matériel. Pour autant, tous deux nous estimions, avec de la bonne volonté, pouvoir réussir cette gageure de réaliser, avec très peu de moyens, un journal qui soit à la fois informatif, intéressant, distrayant. Toujours très prudents et très réalistes, nous décidâmes, dans un premier temps,  en tout cas, que la périodicité serait trimestrielle. 
    Elément important, sinon primordial : Le choix d'un titre. Très vite, notre choix s'arrêta au terme 'CRENNEQUINIER", qui qualifie un Arbalétrier armé d'une arbalète à "Cranequin", et généralement à cheval. Le terme s'imposait tout naturellement pour un arbalétrier de Saint-Georges, ce saint également vénéré par les cavaliers.

Crennequinier

Et donc, en mars 1993, le premier numéro de notre périodique que nous avions baptisé "LE CRENNEQUINIER", sortait de presse. Afin d'être en symbiose avec le caractère historique de notre vénérable Gilde, les feuillets de couverture étaient d'une teinte rouge proche de la pourpre royale. Tout un symbole !
 
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Couverture du premier numéro

 
 
 
 
 
1997: 5ème anniversaire                                                       2002: 10ème anniversaire


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2007: 15ème année


Nous avons débuté de manière artisanale. Il était hors de question de rédiger tous les articles au moyen d'une machine à écrire. La mise en page, par cette méthode s'avérait être un véritable casse-tête. J'ai donc été amené à faire l'acquisition de mon premier ordinateur. Néanmoins, si le problème de la rédaction était résolu il s'en posait un autre: la reproduction de photos, dessins, etc. Je ne possédais pas de scanner et on ne parlait pas de photos numériques. Nous avons donc composé par collage d'éléments. La matrice terminée était portée dans un service de photocopies. Là les exemplaires étaient ordonnés et agrafés. Heureusement, après la réalisation d'une dizaine de numéros, nos moyens se sont étoffés et il fut possible de reproduire par scanner, utiliser le traitement des photos, etc. pour sortir de l'artisanat et atteindre le premier échelon du professionnalisme. L'évolution des moyens fut perceptible dans la présentation et l'aspect s'est amélioré petit à petit.

Du numéro 1 au numéro 49 il y a eu des thèmes récurrents: l'Editorial bien entendu, l'accueil des nouveaux membres, Saint-Georges et le Dragon, le coin du farfouilleur, la chronique, Curiosités, Bibliographie, Traits divers.
Autre élément important, nous avons immédiatement pensé à insérer dans chaque numéro, une histoire fractionnée en épisodes moyennement courts, un feuilleton en quelque sorte, qui présenterait dans chaque numéro, la narration d'un fait marquant transposé dans le passé, qui verrait une suite dans la succession des numéros. Il fallait trouver un titre phare. On pensa immédiatement à la bataille de Ransbeek et à cette légende de l'enfant sauveur, présent sur le champ de bataille, devenue rapidement une des légendes relative au célèbre petit bonhomme bruxellois:  Manneken-Pis. De quoi s'agit-il?

Godefroid III, duc de Lotharingie, naquit en 1142, peu après la mort de son père Godefroid II.
 Deux vassaux, Gauthier Berthout et son frère Gérard de Grimbergen jugèrent le moment propice pour prendre les armes contre leur suzerain au berceau.
 Ludgarde la maman du duc, fut contrainte d'appeler à son secours Thierry d'Alsace, comte de Flandre.
 Le sire de Gaesbeek demanda la présence du jeune duc sur le champ de bataille. Les troupes passèrent en revue devant le berceau du jeune duc avant de partir au combat. Le berceau fut suspendu à la branche d'un chêne sur le lieu de la bataille à Ransbeek. L'armée du marmot fut quatre fois repoussée, mais la cinquième attaque semblait perdue quand soudain les combattants furent galvanisés par la vue du jeune duc accomplissant tranquillement le geste naturel resté célèbre.
 Pour commémorer cette victoire, on éleva une fontaine à Bruxelles près d'un jeune chêne au coin d'une rue qui porta depuis le nom de Rue du Chêne.
 Quand au jeune duc, il grandit et reçut le surnom de Godefroid le Barbu.
Le titre du feuilleton fut donc trouvé: ce serait 
"La bataille de Ransbeek n'aura pas lieu."
De 1993 à 1999, chaque trimestriel voyait paraître un épisode. Alors que nous étions en train de préparer la rédaction du numéro 5 de notre déjà réputée revue trimestrielle, l'idée vint à mon excellent collègue et fin rédacteur  Michel DE CAMP et à moi-même de solliciter  la collaboration d'Edgard SCHELLINCK, graphiste renommé, créateur génial de dessins humoristiques qui signait ses oeuvres sous le pseudonyme "Link". Celui-ci accepta sans aucune hésitation, à la seule condition de pouvoir crééer d'après le texte. A partir de ce moment, chaque épisode relatant un événement de circonstance, était illustré d'un dessin humoristique de la main de Link. Ce merveilleux artiste, par ses fabuleux dessins, non seulement reflétait totalement le contenu des textes, mais en plus, tous les personnages qu'il faisait apparaître, étaient d'une ressemblance frappante avec certains compagnons.
Malheureusement, le 5 novembre 1999, Edgard fermait les yeux après deux mois de soins, à la suite d'un mauvais accroc de santé. La tristesse dans laquelle l'annonce de sa mort  nous plongea, fut indéfinissable. Par respect pour cet ami très cher, la décision fut prise d'arrêter la rédaction du feuilleton et le 27ème épisode, paru dans le numéro de septembre 1999, fut donc le dernier.

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On n'est jamais maître de son destin . Au cinquantième numéro, certains voulurent prendre la relève. La présentation du journal fut modifiée. La teinte neutre, mais symbolique de la couverture, fut malheureusement abandonnée pour le passage à la quadrichromie. Comme le disait très bien Anatole France dans les Pensées de Riquet, "Tout passe et se succède, moi seul je demeure". Bien entendu, les souvenirs ne sont  en général jamais exempts de souffrance. Pour autant, reprenant l'idée d'André Gide dans son Journal, je me suis répété que "La personnalité ne s'affirme jamais plus qu'en renonçant". Et donc je me suis séparé de cet enfant que Michel DE CAMP et moi-même avions porté sur les fonts baptismaux, je m'en suis éloigné sans combattre. La rédaction des nombreuses pages des 49 premiers numéros fut une merveilleuse aventure. Cela reste un souvenir indélébile et la création du "CRENNEQUINIER" une grande fierté. J'ose espérer que la terrible phrase d'Antoine de Saint-Exupéry, dans ses écrits de guerre "Les hommes ne se respectent plus les uns les autres. Huissiers sans âme, ils dispersent aux vents un mobilier sans savoir qu'ils anéantissent un royaume",n'aura pas le malheur de se vérifier.
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