L'église des Arbalétriers

    Dans la littérature abondante relative à cet édifice religieux, le bâtiment a été baptisé d'appellations diverses, Notre-Dame au sablon, Notre-Dame des Victoires, Notre-Dame du Cimetière, voire encore Notre-Dame au nouveau cimetière.
    En ce qui concerne les Arbalétriers, la statuette de la vierge étant à l'origine de son édification, "Notre-Dame du Sablon" est le seul toponyme qui  sera utilisé. Le patronyme "au Sablon" est de plus indispensable pour la distinguer d'un autre édifice religieux qui existait déjà: l'église Notre-Dame de la Chapelle. La dénomination Notre-Dame des Victoires, utilisée, malheureusement, assez couramment, est basée sur une tromperie, une mystification à propos de la bataille de Woeringen, gagnée en 1288 par le duc de Brabant, Jean Ier, et dont la construction de l'église aurait été l'aboutissement. Je ne suivrai pas l'imagination débordante des chroniqueurs. Essayons de nous baser sur les faits repris dans les documents authentiques existants encore. Par un acte du mois d'avril 1304, la Mère Supérieure, les frères et soeurs de l'hôpital Saint-Jean au Marais à Bruxelles,  cèdent au Grand Serment de l'Arbalète, une partie du terrain, qui depuis quatre ans, leur servait de cimetière, situé hors les murs de l'enceinte primitive de la ville, à l'endroit dénommé "Saedelwech", le Chemin au Sable, pour y construire une église ou chapelle, en l'honneur de la Vierge Marie. Le cimetière primitif  de l'hôpital était dans l'enclos de cet établissement. Il est saturé dès la fin du XIIIe siècle. Amelric de Quercu, chapelain de l'église Saint-Jean, au Marais, cède au  supérieur de l'établissement, le Frère Godescale, une parcelle de terre située au Sablon, qui appartenait à sa chapellenie de la Sainte Vierge avec le consentement du fondateur de celle-ci et en échange d'une autre pièce de terre de même valeur. Et c'est ce terrain qui est concédé en 1304 aux Arbalétriers, avec le consentement de l'Abbé de Dieleghem, proviseur de l'hôpital. 
    Cette cession est faite à titre gratuit et les frères et soeurs de l'hôpital s'engagent à ne jamais affirmer une visée ou un droit sur les biens que l'église ou la chapelle pourrait acquérir de quelque manière que ce soit.

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Notre-Dame du Sablon et ses maisons accolées(Côté Est)
Lithographie de Cooper (1850)

    La construction de la chapelle est commencée en 1304 et achevée en  1318.  On n'a plus aucun document qui puisse nous donner une idée de l'aspect que pouvait avoir le bâtiment.
     C'est dans cette chapelle qu'est accueillie, en 1348,  la statue miraculeuse de la Vierge. Cette statue de bois, connue sous le nom deOnze Lieve Vrouw op stocksken (Notre-Dame à la Branche) se trouvait à Anvers. Une humble femme, qui a pour métier de filer le chanvre, Baet Soetkens, vient faire quotidiennement ses dévotions à cette statue vermoulue et qui est donc en très mauvais état. La Vierge apparaît à trois reprises à cette femme, lui intimant de faire le nécessaire pour faire remettre la statue en état et de la transporter à Bruxelles où les fidèles devraient être plus empressés à son égard. Baet obéit et enlève la statue, la charge sur une barque et remonte l'escaut, puis la Senne jusqu'au port de Bruxelles. Le duc Jean de Brabant et le Magistrat chargent les Arbalétriers d'escorter la statue et de l'entreposer dans leur chapelle, proche d'ailleurs du palais ducal. L'anniversaire de cette translation fut ensuite célébré tous les ans, par les Arbalétriers et la Ville, le dimanche avant la Pentecôte. C'est cet anniversaire qui donne l'occasion d'une procession autour de l'église (chapelle) qui deviendra le fameux Ommeganck. Mais il y avait ausi la cavalcade. L'église prend en charge les frais de cette cavalcade, mais la Ville accorde un subside pour l'organisation de la procession et pour le banquet des Arbalétriers. Il y a un accord daté de 1366 avec Sainte-Gudule, qui livre quelques détails sur cette procession. La cavalcade était dirigée par les chefs des Serments, et elle partait de la chapelle du Sablon pour aller à la Grand-Place et elle y revenait par ce qui s'appelait la Chaussée, l'actuelle rue de la Madeleine. Pendant plus d'un siècle, les Arbalétriers vont vénérer cette chapelle provisoire sous la dénomination de Chapelle Notre-Dame. Le premier Chapelain en titre serait Godefroid Bardemaeker (1318).
    Les années s'écoulent et la statuette miraculeuse de la Vierge à l'Enfant, assure aux Arbalétriers une source de revenus qui leur permet d'envisager la mise en route d'une nouvelle construction de culte. Fin XIVe, début XVe, les Arbalétriers entreprennent la construction d'un édifice religieux plus noble pour la statue miraculeuse. C'est l'édifice que nous connaissons actuellement. Bien entendu, la construction de l'église a suivi différentes phases. Les sources archivistiques faisant défaut, il est difficile de dater chacune des phases. Il y a une seule date fiable qui est fournie par une peinture murale du choeur qui porte le millésime de 1435. Ceci pourrait donc indiquer que le choeur, qui est la partie la plus ancienne fut commencé fin du XIVe siècle ou début du XVe siècle et  fut terminé en 1435. Toutefois, nous n'avons aucune information précise quant au début et à l'achèvement des travaux. 
    Il n'existe plus aucune archive pour nous renseigner sur l'emplacement exact qu'occupait la première chapelle. On imagine que les Arbalétriers l'ont construite dans la partie orientale de leur terrain de sorte qu'un maximum de fidèles puissent suivre les services religieux des fêtes particulières depuis le parvis. Ce serait donc par la construction de la nef de la nouvelle église qu'auraient débuté les travaux, pour que le culte puisse se poursuivre dans la chapelle.
De l'Analyse de l'évolution Stylistique faite par André Loits, il y a sept phases et cinq Maîtres d'oeuvre à prendre en considération.
- Phase 1: Construction des piliers d'entrée du transept, premier Maître d'oeuvre. Ce transept aurait été en partie achevé en 1450.
-Phase 2: Construction de la nef jusqu'au triforium et pose d'une toiture, deuxième Maître d'oeuvre. Cette nef fut transformée en église provisoire.
-Phase 3: Construction des murs du choeur, troisième Maître d'oeuvre.
-Phase 4: Construction du transept et des voûtes du choeur et du transept,  troisième et quatrième Maître d'oeuvre.
-Phase 5: Construction des parties hautes et des voûtes du vaisseau central et d'un mur provisoire entre le vaisseau et les bas-côtés, troisième et quatrième Maître d'oeuvre.
-Phase 6: Démolition des façades latérales existantes et construction des nouveaux bas-côtés, quatrième Maître d'oeuvre.
-Phase 7: Construction des deux premières travées de la nef. Démolition de l'ancienne façade ouest, cinquième Maître d'oeuvre.
    Il est à remarquer aussi que les travaux furent suspendus dans la seconde moitié du XVe siècle, probablement du fait des troubles qui se déroulèrent après le décès de Charles le Téméraire, en 1477, et qui se poursuivirent jusqu'à l'avènement de Philippe le Beau , en 1494.
    L'église Notre-Dame du Sablon est un véritable joyau de l'art gothique flamboyant aux dimensions logiques et nobles: une croix latine, largeur inférieure de la nef 26 mètres, largeur inférieure du transept 30 mètres, largeur de l'enceinte 31 mètres, longueur inférieure du vaisseau central 60 mètres, longueur de l'enceinte 62, 37 mètres, hauteur sous clef du vaisseau central, 19,49 mètres.
    Par la Charte de reconnaissance des Bourgmestre et Echevins de la Ville de Bruxelles du 11 juillet 1927, confirmée par S.M. le Roi Albert Ier, l'actuel Grand Serment Royal et de Saint-Georges est l'héritier spirituel des deux corporations médiévales: le Serment de Notre-Dame, considéré comme ayant été fondé au XIIIe siècle et le Serment de Saint-Georges qui existe depuis le XIVe siècle.

Promenade dans l'église

    Si on flâne dans l'église, en arpentant les nefs, les collatéraux, les travées, voire le choeur de ce superbe édifice, il y a de très nombreuses références au Grand Serment, à Saint-Georges, aux Arbalétriers en général, à la Vierge bien évidemment, mais aussi, notamment, à nos Souverains et à la Noble famille d'Arenberg, tant dans les chapelles, sur les murs, sur une arcature, un écoinçon, une clé de voûte ou sur un des nombreux superbes vitraux. Citons en quelques-uns:

Façade ouest (côté sud)
    Le plafond est orné de bas-reliefs. Et on peut y voir parmi différents saints, saint Georges terrassant le dragon et la Vierge  figurée au sein d'une représentation de la légende de Notre-Dame du Sablon.

Au collatéral sud 
    On peut admirer l'autel néogothique Notre-Dame à la Branche, avec les écussons des cinq Serments.

Dans le croisillon sud
    Il y a une barque à hauteur du triforium du début du XVIIe siècle, représentant la légende de Notre-Dame du Sablon. On attribue la donation de cette sculpture à Michel Angeliwenoni, dont l'épitaphe se trouve dans la croisée du transept.

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            Barque de Baet Soetkens au-dessus du Portail sud       (Photo A. DELRAUX)

    Il y a aussi un vitrail intéressant représentant la Vierge, le roi Albert Ier, la reine Elisabeth et leurs patrons, saint Albert le Grand de Cologne et sainte Elisabeth de Hongrie. Il s'agit d'un don des familles nobles de Belgique, en souvenir de la Première Guerre mondiale.

Dans le Choeur
    de l'abside:
    Il y a un superbe vitrail, sur lequel on peut découvrir, entre autres,  les armoiries des archiducs Albert et Isabelle, qui furent les protecteurs de l'église au cours de leur règne.

    Un autre vitrail représente les armoiries du duc Prosper d'Arenberg et de la duchesse, princesse de Lobkowitz, dont les saints patrons sont figurés dans la galerie supérieure.

    Un autre vitrail dans un remplage, avec au centre les armoiries et insignes du Grand Serment, ainsi que les dates de MCCCIV (date de cession du terrain aux Arbalétriers pour la construction de l'église du Sablon) et MCCCXVIII (date de la translation de la statue miraculeuse d'Anvers à l'église du Sablon).

    Dans un autre remplage, un vitrail parmi les nombreux éléments on peut distinguer les armoiries du prince d'Arenberg et de son épouse la comtesse de Mérode.

    Les travées droites:
    Un écoinçon représentant une scène assez difficile à cerner. Il y a une tête mitrée et ailée, un monstre, un oiseau dévorant ses entrailles, un homme qui tire un trait d'arbalète, un monstre avalant une âme, un chanoine tenant un bénitier et un goupillon, un musicien à figure de singe jouant du violon, deux chimères et un feuillage.

Dans le croisillon nord
    Une clé de voûte qui représente la légende de Notre-Dame du Sablon, en bois polychrome (XVème siècle).

Au collatéral nord
    Ecoinçons et arcatures historiés: les deux premiers écoinçons sont en lien et se rapportent à la légende et au martyr de saint Georges, patron de l'ancien Petit Serment des Arbalétriers.
On peut y voir un dragon, un guerrier, un personnage entouré de flammes, un autre personnage dans un feu, encore un personnage dans un chaudron placé sur un feu, un personnage placé dans un boeuf, un sixième personnage étendu et un autre tenant une hache.

Dans le nef centrale
    Un vitrail représentant saint Georges.

A la façade ouest
    Un vitrail représentant le roi Léopld II et la reine Marie-Henriette ainsi que les écussons des familles apparentées.

Texte de Louis THOMAS
(Edité aux Editions des Artistes pour George HOUYOUX)
Contient des renseignements intéressants, parfois curieux, mais aussi par moment, en opposition avec d'autres données historiques.

    L'histoire de l'église de Notre-Dame du Sablon, est intimement mêlée à celle des "Serments" ou Guildes bourgeoises. Il nous faut donc cueillir dans les ouvrages anciens sur Bruxelles des renseignements précis sur les cinq "Serments" qui ont été à l'origine même de ce sanctuaire.
    Dans la "Description de Bruxelles et de ses Environs", due à l'abbé Mann, et publiée en 1785 chez Lemaire, nous citons:
    Ceux qui composent ces compagnies sont choisis d'entre les bourgeois, et ils suivaient autrefois le Prince quand il allait à la guerre: on leur confie encore la garde des deux portes de la Ville (...)
    Le Serment des Arbalétriers de Saint-Georges fut institué en 1422; ils ont leur jardin d'exercice, une chapelle, une salle, etc., dans la rue des Alexiens. La grande salle où ceux de cette compagnie s'assemblent,est ornée de tableaux estimés qui représentent la vie et le martyr de Saint-Georges: quatre de ces tableaux sont de H. Janssens. On conserve dans cette salle, l'arbalète avec laquelle Marguerite de Parme, fille de Charles Quint et gouvernante des Pays-Bas, abattit l'oiseau dans le jardin. Cette compagnie fit construire en 1707, au bout de leur jardin, un grand corps de logis, dont la façade, fort ornée, fait face à la petite boucherie de Bavière.
    Le Serment de l'Arc, sous l'invocation de saint Sébastien et de saint Antoine, institué en 1428, a son jardin d'exercice à l'extrémité de la Place du Marché aux Grains.
    Le Serment de l'Arquebuse, sous l'invocation de Saint Christophe et de Sainte Barbe, institué en 1477, a son jardin d'exercice à l'entrée du Marché aux Grains.
    Le Serment des Escrimeurs, sous l'invocation de saint Michel et de sainte Gudule, a sa salle d'exercice dans la Maison du Roi sur la Grand-Place.

    Autrefois, ces compagnies s'exerçaient publiquement tous les ans. On rendait de grands honneurs à celui qui abattait l'oiseau: on le proclamait Roi du Serment, et on lui mettait un collier d'or avec lequel il paraissait aux processions et aux fonctions publiques.
    Plusieurs Souverains et autres principaux Seigneurs prenaient plaisir à tirer avec les bourgeois et ont eu l'adresse d'abattre l'oiseau. 
    Charles le Hardy, duc de Bourgogne, l'abattit en 1466; l'empereur Maximilien en 1510; Charles Quint en 1512; Marguerite d'Autriche en 1518; Lamoral, comte d'Egmont, en 1551; Marguerite de Parme en 1563; Guillaume, prince d'Orange, en 1564; le duc d'Albe en 1568; Alexandre Farnèse, duc de Parme, en 1587; le comte de Mansfelt en 1592; l'Infante Isabelle en 1615; Charles, duc de Lorraine, en 1649; l'archiduc Léopold en 1651, et Maximilien-Emmanuel, électeur de Bavière, en 1698.

     Chacune des cinq Guildes, avait son autel particulier à l'église du Sablon (...) La petite Arbalète honorait Saint Georges dans le bas-côté nord (...)
    La légende de Saint Georges et celle de Saint Christophe sont sculptées dans les écoinçons proches de leurs anciens autels, comme les Mystères de la Vierge le sont au chevet du choeur et sur les clefs de voûte.
    
    Supprimés à la Révolution française, les Serments se sont reconstitués après 1830.
    Le roi Léopold Ier a accepté la présidence d'honneur du Grand Sement de Saint-Georges.
    Son fils, le roi Léopold II, a assisté le 21 août 1881 à l'ouverture du concours institué à l'occasion du cinq centième anniversaire de la création de ce Serment.
    Le local du Serment se trouve aujourd'hui au numéro 44 de la rue des Six Jetons.

La Tapisserie de Notre-Dame du Sablon

    En face de la chapelle Notre-Dame il y l'hôtel particulier d'une grande famille: les Tassis. Cette demeure patricienne, n'existe plus malheureusement. Elle a été démolie en 1872, lors des travaux d'ouverture de la rue de la Régence et du dégagement de l'église. En effet cet hôtel se situait environ à la hauteur du Conservatoire.
    François de Tassis(1439-1517), est Directeur général des Postes de Charles Quint. Vers la fin 1516, il passe la commande à Bernard van Orley de cartons d'une suite de quatre tapisseries votives qui doivent représenter la légende de la Vierge de Notre-Dame du Sablon. Il destine ces tapisseries à l'ornementation de la jolie chapelle funéraire( consacrée à sainte Ursule)  de la famille élevée dans l'église.
    Ces superbes tapisseries aux divers décors armoriés, aux tons bleus soutenus et rouges purs, sont la représentation exceptionnelle de l'art religieux de cette époque. On ne sait dans quel atelier bruxellois le tissage de ces tapisseries a été réalisé. Par contre, on sait qu'elles restèrent suspendues dans l'église jusqu'aux environs de la fin du XVIe siècle et elles  furent soustraites à l'église au moment du pillage de l'édifice par les iconoclastes. Elles furent dispersées dans divers pays d'Europe. En effet, on les retrouve en 1874 à Paris dans la collection E. Peyre et ensuite elles deviennent la propriété de la collection F. Spitzer, qui les remet en vente en 1893 au décès de F. Spitzer. Cette vente de 1893 conduit à la dispertion de l'ensemble des quatre tapisseries. La quatrième tapisserie est acquise par les Musées Royaux d'Art et d'Histoire en 1893. La troisième tapisserie, achetée par la Ville de Bruxelles, à la vente Jacques Séligmann en 1914, est exposée au Musée Communal (Maison du Roi). La deuxième tapisserie est retrouvée en 1923, dans son entièreté, au Musée de l'Ermitage à Saint-Petersbourg. La première tapisserie, dont les panneaux latéraux furent scindés en deux parties, fut dispersée dans différents endroits. 
    Comme dans toute époque riche en créativité, Bernard van Orley a transposé les épisodes de cette légende, ancienne de deux siècles, en attribuant à Charles Quint et à sa Cour les rôles tenus par le duc Jean III et sa Cour, lors de  la translation de la statuette. Les costumes et les décors sont donc du début du XVIe siècle.
     Ces tapisseries, en laine et soie, avaient une dimension variant de 3,40 m x 5,28 m. Chacune se composait d'un grand panneau central complété à gauche et à droite d'un panneau plus étroit.

tapisserie-1-1.jpgPremière tapisserie
3,45m x 5,00m 
La première apparition de la Vierge à Béatrix Soetkens.
Panneau de gauche: apparition de la Vierge à Béatrix Soetkens. Ce panneau, comme nous l'avons dit, a été découpé et la Vierge du haut du panneau a été au Musée de Berlin. mais disparue après la Seconde Guerre Mondiale. Baet couchée, est dans une collection privée, ce serait la collection Burrell à Glasgow..
Panneau central: Baet enlève la statue, après la collection Astor, à Londres, est aux Musées Royaux d'Arts et d'Histoire, Bruxelles.
Panneau de droite, découpé lui aussi: Baet Soetkens dans l'atelier de l'artiste auquel elle confie la statue à restaurer, était au Musée de Berlin, mais introuvable depuis la Seconde Guerre Mondiale, et le morceau reprenant la statue rapportée par Baet Soetkens, serait dans une collection privée, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, France.

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Deuxième tapisserie
3,45m x 5,13m
Notre-Dame ordonne à Béatrice Soetkens de porter la statue d'Anvers à Bruxelles.
Dans son entièreté au Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, conservée dans son état original. Composition identique aux quatre tapisseries: les trois scènes sont délimitées par des arcades surbaissées et supportées par quatre petites colonnes. Il y a des angelots porteurs des armes d'Aragon, de Castille, de Léon et d'Aragon-Sicile. Dans la partie supérieure sont les armes de Philippe le Beau ou de Charles de Habsbourg. A gauche la deuxième apparition de la Vierge à Béatrix, qui lui demande de porter la statue à Bruxelles.
Dans le panneau central, les Magistrats anversois refusent. A droite, la Vierge apparaît pour la  troisième fois pour exhorter Béatrix à accomplir sa mission.

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Troisième tapisserie
3,65m x 5,00m
La statue de Notre-Dame est conduite à l'église du Sablon à Bruxelles.
Cette troisième tapisserie qui fut également découpée en trois morceaux en 1893, a été restaurée dans son entièreté en 1963 et se trouve au Musée Communal de Bruxelles.

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Quatrième tapisserie
3,41m x 5,28m
La statue de la Vierge est accueillie à Bruxelles par les diverses personnalités.
 
Partie gauche: la statue est accueillie à Bruxelles par le clergé et au premier plan le duc Jean III est agenouillé devant la statue. Partie centrale: Jean III et son fils portent la statue en la chappelle des Arbalétriers. Elément à droite: au-dessus, Béatrice Soetkens garde la statue dans la chappelle du Sablon et dans la partie inférieure différentes personnalités représentées, dont Marguerite d'Autriche, le jeune Ferdinand et ses soeurs Eléonore, Catherine, Isabelle, Marie, avec à l'avant-plan François de Tassis et derrière, assise, sa veuve Théodora Luytvold. 
Se trouve aux Musées Royaux d'Arts et d'Histoire

Extrait des Cahiers Historiques

MORCELEE AU FIL DU TEMPS, LA TAPISSERIE DE LA LEGENDE DE N-D DU SABLON SE RECONSTITUE PIECE PAR PIECE.

On sait que le Musée Communal de Bruxelles a acquis, à Londres, deux parties d'une précieuse tapisserie dite de La Légende de Notre-Dame du Sablon. Cette acquisition fait honneur à la Capitale et doit l'encourager à enrichir le patrimoine commun chaque fois qu'une occasion valable s'offre à elle. Jean Tordeur a consacré dans "Le Soir" une étude à ce chef-d'oeuvre de Bernard van Orley. Retenons ce qu'il en a dit:

    C'est, en effet, s'il faut en croire une légende, en 1348, que la Vierge apparut en songe, à plusieurs reprises, à une pieuse Anversoise, fileuse de son métier, nommée Béatrice Soetkens. Elle lui avait ordonné d'enlever de l'église, où elle était reléguée, une petite statue de Notre-Dame-à-la branche. Et tout d'abord pour la faire repeindre et redorer, et la faire transporter dans un sanctuaire bruxellois. 
    Elle gagna Bruxelles à bord d'une barque et fut reçue par le duc Jean, son fils Henri, le magistrat, les métiers et les arbalétriers, qui transportèrent la statue à l'église du Sablon, où elle ne cessa, dit-on, d'accomplir des miracles, jusqu'en 1580, date à laquelle elle fut détruite par les iconoclastes. En 1516, François de Tassis, maître des postes de l'Empire -  dont un souvenir nous est demeuré sous la forme de la maison patricienne qui se trouve aujourd'hui au n°10 de la rue du Chêne - commanda pour l'église du Sablon, une imposante tapisserie destinée à commémorer cette jolie histoire. Cet ouvrage, tissé dans les célèbres ateliers bruxellois de l'époque, d'après les cartons du peintre bruxellois Bernard van Orley, fut achevé deux ans plus tard, en 1518. L'oeuvre était d'importance. Elle comportait, en effet, quatre grandes pièces de 3m65 sur 5 mètres de long. Elle représentait un exemplaire unique par la rareté du sujet, dont on ne connaît pas d'autre exemple dans le domaine de la tapisserie historiée.

Chacune des pièces constituait un triptyque dont les différentes parties, séparées par des colonnettes, retraçaient les épisodes de la légende. Il s'y mêlait de nombreuses allusions à l'histoire des postes impériales ainsi qu'à l'histoire de la ville: c'est, en effet, la translation de la statue qui donna naissance, dès 1348,  à la fameuse procession  annuelle de l'Ommegang. Malheureusement, ce bel ensemble devait être morcelé au fil du temps. En 1874 encore, il faisait partie de la collection Frédéric Spitzer; les première et troisième pièces furent découpées en trois parties; la deuxième intacte, prit le chemin du musée de l'Ermitage, à Léningrad; la quatrième, enfin, fut acquise par l'Etat belge en 1893, et installée aux musées royaux et d'histoire.

    Restait la première et la troisième pièces: plusieurs de leurs principales parties se trouvaient à Londres, dans la collection  Astor depuis 1905, d'autres dans des collections diverses, rapporte Jean Tordeur. C'est à Paris, que le bourgmestre Adolphe Max fit acheter en 1914, le panneau de gauche de la troisième et c'est à Londres que le Musée communal vient d'acquérir ses deux autres fragments. Grâce à cette heureuse décison de la ville, l'ensemble de cette troisième tapisserie pourra donc être reconstitué ici; on pourra de la sorte, voir au total, à Bruxelles, la moitié de cette riche oeuvre d'art. Il ne reste plus qu'à souhaiter qu'on puisse reconstituer la première. . . Quant à la deuxième, qui se trouve à l'Ermitage, il y a vraiment fort peu de chances pour que l'Etat soviétique pense jamais à s'en déssaisir.

Sources:
-Archives des Hospices et Secours de Bruxelles, Cartulaire de l'hôpital Saint-Jean
-Abrégé de l'histoire de Bruxelles,
 Abbé Mann
-De Bruyn, H., 1867, édition de l'acte de 1304.
-Notice sur l'église Notre-Dame au Sablon, Bruxelles, Bulletin des Commissions royales d'Art et d'Archéologie, De Bruyn H.
-Origine de l'église de Notre-Dame au Sablon à Bruxelles, De Bruyn, H., 1867
-Eglises gothiques de Bruxelles, Thibaut de Maisières, M. M., Ed. Cercle d'Art, Bxl, 1942.
-La Quartier du Sablon, Louis Thomas, Ed. des Artistes, 1958.
-Traîté d'Architecture dans son application aux monuments de Bruxelles, Des Marez, G. Touring Club de Belgique, 1921.
-Le Sablon, G. Renoy, Ed. Rossel, 1982.
-Région Bxl-Capitale, Collection HISTOIRE & RESTAURATION, l'église Notre-Dame au Sablon, 2004.
-Les Cahiers Historiques (Deux Mille ans de la vie des Belges) Léon Geerts, 1965-1974
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