Les flèches

"Trait" devrait être le terme générique pour désigner la tige de bois armé qu'on lance avec un arc ou une arbalète. A l'origine, c'est simplement une tige ou baguette de bois, la tête équipée d'une pointe et l'arrière équipée d'ailettes pour assurer sa stabilité pendant son déplacement. Il y a de nombreuses sortes de traits et parmi ceux-ci il y a la flèche, le carreau, qui est la flèche de combat en quelque sorte, appellation souvent citée, à tort, par le public  pour désigner le projectile utilisé de nos jours par les arbalétriers des Sociétés d'arbalétriers existantes. 
Flèche est un mot qui vient du francique, fliiuigika, fliukka : "celle qui fuit", repris d'après l'ancien flamand vlecke : "rémige" et de l'ancien allemand fliuka: "arme de trait", de fleukkon et de fleugaon : "voler" . C'est donc bien un ustensile de jet empenné.
Il existe une grande diversité de flèches portant le nom caractéristique à leur utilité ou  distinguée par leur configuration propre à leur origine nationale.
La flèche incendiaire (coréenne, chinoise)
La falarique (flèche incendiaire dont le nom ient du tyran PHALARIS (570-554 av.J.-C.)
La flèche malléole
La flèche turque
La flèche garrot
La flèche grenade
La flèche fusée
La flèche tranchante
La flèche votive
La flèche message
La flèche harpon
La flèche d'apparat
La flèche de rempart
La flèche à retour (effet boomerang)
La flèche pour longue distance
La flèche sarrasine
La flèche japonaise
La flèche d'épreuve

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Le carreau
Le carreau d'arbalète est en fait un trait du guerrier, ou une flèche dont le fer, qui arme sa tête ou sa pointe, a quatre pans. Le carreaucarreau.jpg d'arbalète diffère de la flèche en ce qu'il est plus court et plus épais; la tête est munie d'un fer plus fort et plus lourd et la tige n'est empennée que de deux ou quatre pennes au lieu de trois. Ces ailerons peuvent être de plumes, de cuir ou rigides. Le vol d'un carreau est plus rapide que celui d'une flèche et normalement il n'est utilisé qu'en tir tendu.
Carreau est issu du gallo-romain Quadrellum. Le fer de la pointe est de section carrée ou triangulaire en général.La tige du carreau est cylindrique et est faite de bois dur. Le projectile est équilibré aux deux cinquième, environ,du bout ferré en X. La longueur du carreau d'arbalète à main varie, suivant la force de l'arme et donc de l'arc, entre 163 milimètres et 217 milimètres. Il arrive qu'il dépasse cette mesure, mais c'est très rare. Il pèse entre 50 et 80 grammes.
Le terme de carreau était aussi utilisé pour désigner le projectile de guerre lancé par la grande arbalète à tour, les balistes ou les catapultes. Dans ce cas il avait la forme d'un grand javelot.
Comme pour la flèche, la pointe d'un carreau peut avoir différentes formes et en fonction de cette forme, le carreau porte un nom spécifique.

En voici quelques exemples:
Le carreau pointeau : est une sorte de grosse aiguille utilisée pour son pouvoir de pénétration des armures plates des Chevaliers.

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Le carreau boujon : Pour les combats est utilisé pour atteindre les jambes des chevaux. Mais est aussi utilisé pour la chasse du gibier à plume.

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Le carreau (en forme) de feuille de sauge. Par sa pointe à quatre pans, c'est le véritable carreau, capable de trancher les chairs et provoquer de fortes hémorragies.

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Le carreau tranchoir
 :  semblable au boujon. Utilisé pour blesser les chevaux de l'ennemi. Mais il fut aussi utilisé en navigation, pour couper les cordages et les voiles des bateaux ennemis.

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Le carreau vireton
 : Sa caractéristique réside essentiellement dans les ailerons. Ceux-ci sont disposés non pas dans l'axe du carreau mais en oblique. Lors de son vol, l'appui de l'air lui imprime un mouvement de rotation et son impact devient plus précis. Ce carreau est équipé d'un fer dit "à barbillons", et son extraction est très difficile du fait de ses deux pointes

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fuyantes.


Le Matras
matras.jpgLe matras, qui tient son nom du marteau, est un trait plus lourd, plus gros, au corps de forme évasée, plus court qu'une flèche ou qu'un carreau, dont la tête lourde, est aplatie  et en acier, utilisée pour assommer ou désarçonner un cavalier. Ils fut surtout utilisé du XIVème au XVIème siècle. Il eut aussi son utilité à la chasse pour  assommer le gibier, pour lui porter des coups, sans détériorer la fourrure.








Le Pavois

(Dessin Viollet le Duc)

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Nous l'avons vu, l'arbalétrier a une arme offensive, l'arbalète et une arme défensive, le pavois. On ne voit pas apparaître le pavois avant le XIVème siècle. L'arbalète, plus perfectionnée à ce moment, demande un temps relativement long pour que son arc soit bandé: un arbalétrier adroit, expérimenté, habile a quand même besoin d'au moins une minute pour fixer la corde dans la noix et décrocher le carreau. Mais pendant tout ce temps il est exposé  aux traits de l'ennemi. Il s'avère don nécessaire de protéger le tireur. Et le pavois, plus grand qu'un bouclier ou un 
écu, couvre l'entièreté du corps de l'arbalétrier. En effet le pavois atteint habituellement un mètre ou plus en longueur pour 0,40 à 0,60 mètres en largeur. Pour offrir plus de résistance aux chocs, il est généralement nervé profondément suivant l'axe longitudinal et laisse un espace libre soit pous passer le bras, soit pour fixer l'ensemble au sol au moyen d'un  pieu.
Ces pavois sont faits de bois légers, très finement collés et couverts intérieurement et extérieurement de peau de cheval, d'âne, voire de daim, marouflée (collée fortement) avec soin sur le bois. Le tout est peint (généralement les armes du seigneur auquel appartiennent les soudoyers ou vassaux qui les portent) et  recouvert d'un vernis.

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(Dessin Viollet le Duc)


Les arbalétriers gênois, au service de la France, portaient des pavois en forme de coeur très allongés. On disait que les arbalétriers "se pavoisaient", quand ils posaient leur pavois devant eux pour tirer ou lorsqu'ils le fixaient sur leur dos pour monter à l'assaut. Par extension, lorsqu'on parlait des troupes pavoisées, on désignait les soldats masqués par des abris factices, des palissades, des épaulements.

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Lors des sièges de forteresses, de châteaux, les arbalétriers s'avançaient assez près à portée de trait, ils fixaient leur pavois devant eux et lançaient des traits sur les défenseurs aux créneaux et meurtrières pour les blesser ou les en éloigner. Le pavois avait encore une autre utilité: les morts au combat étaient rapportés sur leur pavois. 

(à suivre) 











(Dessin Viollet le Duc)

Bibliographie :


L'arbalète en Chine - Jean COPIN, fascicule 2e et 3e.
Histoire de l'archerie - Robert ROTH - Ed. Max Chaleil, 1992.
Arc et Arbalète - Pierre DUBAY - Ed. Albin Michel, 1978.
A la découverte de l'Arbalète - Joël MEYER - Ed. Emotion Primitive, 2005.
Armes et Combats dans l'univers médiéval - Ed. De Boeck Université, 1995
Flèches et Traits - Jean-Pierre LEROY - Ed. Emotion Primitive, 2002
Encyclopédie Médiévale - Tome II - par Eugène Viollet le Duc - Ed. Georges Bernage
L'arbalète de guerre - Pierre-Denis BOUDRIOT
La puce à l'oreille - Claude DUNETON - Poche, 1990
CESCM : Centre d'Etudes Supérieures de Civilisation Médiévale (France)
CNRS : Centre National et de Recherche Scientifique (France)
Les Cahiers de Civilisation Médiévale Université de Poitiers

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