B r u x e l l e s

HISTORIQUE

     Le Grand Serment Royal et de Saint-Georges des Arbalétriers de Bruxelles, a fêté sa 630ème année d'existence, reconnue, en 2011. Mais on sait aussi qu'au XIIIème siècle, il y avait déjà des Arbalétriers à Bruxelles. Il est donc une autre démarche intéressante, c'est explorer le passé de Bruxelles, propecter les nombreux écrits relatifs à cette bonne ville, devenue la Capitale de l'Europe.


Légende

    Si on veut se baser sur des éléments de valeur historique, il n'est pas possible de remonter plus avant que la période Franque pour se faire une idée de ce qu'était l'espace occupé par cette ville dénommée Bruxelles. L'espace considéré était une vallée entourée de collines, dont la superficie était couverte de bois et de marais. La vallée était sillonnée par une rivière aux multiples détours formant de nombreux îlots. Selon une légende, on situerait la naissance du nom "Bruxelles" au VIe siècle. Vers 580 de l'ère chrétienne, un certain Géry séjourne sur une de ces petites îles. Il apprécie ce lieu de retraite et y édifie une résidence à laquelle il aurait donné le nom de Brugsele et dont l'étymologie devrait être éclairante puisque Bruxelles à l'origine germanique BruocsellaBrucsella,ou encoreBroeksele dont la signification est la suivante:  'Bruc, bruoc ou broek" signifie marais et"Sele ou sella" signifie habitation, maison. Ce premier bruxellois habite donc une "maison du marais".
    Une autre légende nous rapporte que vers l'an 580 de notre ère, Saint-Géry, évêque de Cambrai, au cours d'un voyage d'évangélisation, arrivé en bordure de la Senne, aurait rencontré une ethnie sauvage, inculte qu'il entreprit d'évangéliser. Sur un des îlots, il édifia une petite chapelle et il parvint à catéchiser toute la contrée. Encouragé par son résultat, il décida de se fixer définitivement dans l'île, où il vécut de longues années.
    La première assertion, de même que cette proposition  hagiographique, selon laquelle ce fameux évêque de Cambrai aurait édifié une chapelle, au VIe siècle, dans cette île de la Senne, semblent être dénuées de tout fondement.

Histoire débutante

    La naissance de Bruxelles est donc enveloppée dans le brouillard, dans les incertitudes de l'histoire. Bruxelles serait probablement née au Xème siècle.
     La Belgique, qui était peuplée par des Celtes et des Germains, est conquise par les Romains en 57 av. J.-C. et elle est renfermé et contenue dans la Gaule Germanique que les Francs envahissent au Ve siècle. En 843, le Traité de Verdun scinde cet espace en deux parties: la première à l'Est de l'Escaut dépend de la Lotharingie en ensuite de la Germanie, et la deuxième relève de la France. Cette Belgique se morcèle en de nombreuses seigneuries, dont le comté de Brabant, qui nous intéresse en premier lieu, et les comtés de Hainaut et de Flandre.
    On découvre la mention de Bruxelles dans un diplôme délivré par Otton Ier en 966, sous la forme Bruocsella. A cette époque, le sol de la région bruxelloise est divisé en petites parcelles libres et en fiefs étendus, à la tête desquels se trouvent de petits seigneurs ou des écclésiastiques de rang élevé. On trouvait une petite activité commerciale dans cette région essentiellement agricole; il y avait un marché et un pont au terminus de la navigation sur la Senne, de même qu'un système de chargement des barques de transport. Contre les attaques, une sorte de château-fort est construit sur l'île Saint-Géry. Et ce castrum  semble bien protégé contre les assauts, par les multiples bras de la rivière, les remblais de terre et puis surtout du fait des vastes étendues marécageuses. Le premier propriétaire de la forteresse est Charles de France, descendant de Charlemagne, bâni du Roi de France Louis IV (d'où son surnom). Ce prince de la famille des Carolingiens, se voit conféré, en l'an 977, la dignité de duc de Basse-Lotharingie par l'Empereur Otton II. En même temps, il lui confie la qualité de comte de la région, que l'on dénomme comté de Bruxelles. Sur cette île devenue sa résidence, on suppose qu'il y avait des logements pour les gens attachés à son service, un moulin où les paysans des environs venaient moudre le grain et une chapelle pour le culte chrétien. C'est dans cette chapelle, dédiée à Saint-Géry, que Charles fit transférer les reliques de Sainte Gudule, sainte très vénérée par le peuple. C'est depuis cette époque que Sainte Gudule a été vénérée et honorée comme sainte patronne de Bruxelles. Il y a des artisans et des commerçants qui s'installent autour de ce noyau. Si Bruxelles n'était pas encore une ville, on avait les germes d'une future agglomération.

topographie-fin-xie-sjpeg.jpegTopographie de l'endroit, vers la fin du XIe et début du XIIe siècle. En pointillé le tracé des rues actuelles : 1. et 2. La Colline - 3. La Montagne - 4. Le Marais - 5. Rue de la Colline - 
6. Rue du Marais (Plan selon G. DES MAREZ.)
 

Naissance d'une ville, des Carolingiens à la Maison de Louvain

    1. Formation urbaine

    En 1005, à la mort d'Otton, duc de Basse-Lotharingie et fils de Charles de Basse-Lotharingie, dit Charles de France, il n'y a pas d'héritier mâle. Le comté de Bruxelles passe donc à son beau-frère, Lambert Ier, comte de Louvain. Il sera tué à la bataille de Florines en 1015. Le comte Lambert II, dit Baldéric, fit édifier la principale église de Bruxelles, qui se dénommera église des Saints Michel et Gudule. Elle fut consacrée en 1047 et Baldéric y fit transférer le corps de Sainte Gudule qui avait été déposé dans l'église Saint-Géry par Charles.
Bruxelles acquiert une réelle importance et Lambert II, pour en assurer la défense, l'entoure  d'une enceinte en pierres lourdes et massives, qui, par ailleurs, sont extraites de carrières sises à Groenendael. Cette enceinte murale est percée de sept portes et de tours.
     -la porte de Coudenberg (route vers Namur)
    -la Steenpoort (route vers Saint-Gilles (Obbrussel), Uccle, Forest, Alsemberg, Hal)
    -la porte d'Overmolen (du Moulin supérieur) (vers Anderlecht, Mons et la France)
    -la porte Sainte-Catherine (vers les villes du comté de Flandre)
    -la porte de Laeken (près de la rive gauche de la Senne)
    -la Warmoespoort (porte aux Herbes potagères), donne accès aux prés et aux cultures maraîchères du Warmoesbroeck (Marais aux Herbes potagères) et de l'Orsendael (Vallon aux chevaux).
Plus tard, à celles-ci, s'ajouteront quatre nouvelles issues moins importantes, dénommées wickets (guichets) - Ruysbroeckwicket, Sleeuwswicket, Driesmolenwicket et Swolfswicket.

1er-enceinte.jpgPlan de Bruxelles au XIIIe s, Première enceinte, d'après DES MAREZ


    Bruxelles, en 1134, est désigné comme Oppidum, c'est-à-dire une localité affranchie du droit territorial et qui bénéficie d'un droit particulier. Il y a aussi un marché, dénomméNedermerct (marché d'en bas), qui s'installe au Nord du castellum, à l'endroit d'un marécage asséché (qui se situe entre les rues au Beurre et la Grand-Place actuelle). Le nombre d'habitants de la nouvelle agglomération augmente considérablement et ceci est révélé par la multiplication des chapelles et églises et par la création d'hôpitaux.
Une chapelle en l'honneur de Notre-Dame, dite Notre-Dame de la Chapelle, est fondée en 1135. Les documents de l'époque parlent aussi de l'existence de l'église Sainte-Catherine, de l'église Saint-Jean-au-Marais.
Apparaissent, l'hôpital Saint-Nicolas, près du marché, l'hôpital Notre-Dame et des douze Apôtres, près de l'église Sainte-Gudule, au Mont Saint-Michel, l'hôpital Saint-Jacques sur Coudenberg, la léproserie Saint-Pierre (à l'emplacement de l'actuel hôpital Saint-Pierre rue Haute), l'hôpital Saint-Jean-au-Marais, près de l'église du même nom. L'agglomération prend donc de l'extension vers le Sud et vers l'Est. Le Coudenberg (montagne froide), prend de l'importance du fait de l'installation des résidences fortifiées (borcht) du duc de Brabant et du châtelain de Bruxelles (la châtelennie de Bruxelles se transformera ensuite en ammanie).
Et un nouveau tracé de circulation s'établit entre le haut et le bas de l'agglomération, soit par les rues actuelles de la Madeleine et Montagne de la Cour. De même, une voie s'établit entre Notre-Dame de la Chapelle et le Nedermerct.
L'aspect de la ville se modifie également. Parmi les chaumières en torchis et en bois, surgissent çà et là des demeures plus imposantes, en pierre (steenen), appartenant à des personnes riches, des négociants, des entrepreneurs, des propriétaires terriens. Au XIIe siècle, ces "steenen" sont une douzaine. Citons:
    -le steen des Clutinc, au sommet du Blindenberg (Mont des Aveugles)
    -le Cantersteen, à l'angle de la rue de l'Empereur et de la Madeleine
    -le steen des enfants de Meynaert
    -le steen des enfants de sire Hugues
    -le steen dit "de Meerte" ou "den Wilden Ever" (ou Sanglier)
    -le steen de Coeckelberg
    -le steen appelé ensuite Payhuis (Maison des Juges apaiseurs)
    -le steen dit "den Ketel" (le chaudron)
    -le steen dit "Valkenborch"
    -le Maximiliaensteen
    -le steen de la rue des Pierres
    -le Plattensteen

    2. Expansion et rayonnement de Bruxelles 

    Le XIIIe siècle bruxellois se passe sous le règne des quatre ducs de Brabant suivants:
       - Henri Ier (1190-1235)
       - Henri II (1235-1247)
       - Henri III (1247-1261)
       - Jean Ier (1267-1294)
    Sous ces souverains, la croissance commerciale et le développement industriel sont évidents. C'est sous Henri Ier que la Ville reçoit la Keure, c'est-à-dire la charte, qui octroie aux Bourgeois, des garanties de sûreté tant en ce qui concerne leurs personnes que leurs biens. Et la peine de mort était appliquée en cas de meurtre, de viol, de rapt, de violation de trève, d'incendie. Le coupable était écartelé ou avait la tête tranchée. . . à l'aide d'une scie en bois, ou pendu à la potence dressée au lieu dit "Galgenberg" (mont de la potence) situé à la Place Poelaert actuelle.  Cette justice expéditive, était rendue par l'Amman, représentant du duc, aidé par lesEchevins urbains et les Jurés, notamment sur le marché.
    C'est Jean Ier, en 1289, qui accorde à Bruxelles, les droits sur les revenus des portes de la ville, de la crane (grue utilisée pour le déchargement des bateaux) et de la waghe (balance publique). Pour maintenir le développement commercial, il était impérieux d'assurer la protection des groupes de voyageurs et des marchands faisant la navette entre le Rhin et la mer du Nord, à travers le Brabant. Les Bourgeois, au moyen des Arbalétriers essentiellement, prêtèrent leur aide au seigneur.
    La draperie était la principale activité économique de la cité. Mais il y avait bien d'autres activités commerciales. Un trafic important de barques et de chariots, amenait à la ville l'avoine, la bière d'Angleterre, le vin de France et d'Allemagne, le poisson , le sel, les peaux, les cuirs, les métaux, etc. Toutefois, il est à remarquer, que les collines bruxelloises étaient aussi garnies de vignobles.
    Mais Bruxelles comptait d'autres catégories d'artisans:
       - artisans des métaux: batteurs d'or (goudslagers), orfèvres (goud en zilver-smeden), couteliers (mesmakers), serruriers (slotmakers), éperonniers (spoormakers), forgerons (smeden).
       - artisans des cuirs et peaux: tanneurs(vetters ou huidevetters), gantiers (handschoenmakers), selliers (zadelmakers), codonniers (schoenmakers), pelletiers (peltiers), ceinturonniers (riemmakers).
       - commerçants de boissons ou de denrées alimentaires: marchands d'hydromel(medeblanderen), marchands de vin (wijntaverniers), bouchers (beenhouwers), marchands de poissons de rivière et salés ( groenvisschers et visschers), boulangers (broodbakkers), marchands de légumes (brouckoisen), marchands de fruits (fruiteniers).
       - artisans du meuble et du bâtiment:  ébénistes (schrijnwerkers), charpentiers (timmerlieden),  tailleurs de pierre (steenhouwers), maçons (metsers),  couvreurs en chaume, tuiles ou ardoises (strooi-, tichel-, schaliedekkers), plombiers (tingieters), plafonneurs (plekkers).
Toutes ces catégoroies de commerces se groupaient dans un quartier ou une rue, et Bruxelles en a gardé le souvenir pour certains; c'est ainsi que nous connaissons encore la rue des Tanneurs, la rue des Poissonniers, la rue des Bouchers, la rue Marché aux Herbes, etc.
    De plus, du fait de ce "marché", de nouveaux organes voient le jour, les halles, comme par exemple la halle au pain (broodhuis), la halle au poisson (vischmarkt) et surtout la halle aux draps (lakenhuis).

    3. Organisation sociale

    On peut dire que la société de Bruxelles, à cette époque, se partage  en deux grandes catégories: les bourgeois et les manants
    On devient bourgeois après avoir satisfait à certaines exigences: prêter serment à la keure et payer un droit d'inscription ou burgage. Et ce droit acquis est transmissible par voie héréditaire. Le bourgeois bénéficie de privilèges économiques, judiciaires et politiques. De plus, il est exempt de certaines taxes et est protégé par l'échevinage.
    On devient manant lorsqu'on est domicilié en ville depuis un an et un jour. Le manant, n'est pas protégé par l'échevinage, n'est exempt d'aucune taxe et n'a aucun droit politique.
    Il y a une autre distinction, non juridique mais essentielle, à établir entre lepatriciat, c'est-à-dire les lignages, et la plèbe, ou la société non lignagère. La différence entre ces deux groupes sociaux est importante parce qu'elle sera présente dans les rapports conflictuels socio-politiques futurs.
    Le patricien est un grand propriétaire de domaines ou de biens-fonds dans la ville. Il tire des revenus de ces biens mais aussi d'activités commerciales ou industrielles. Le patricien a, notamment, le monopole  de la fabrication et de la vente des draps et du commerce de la laine. Celui-ci a la majorité dans la Gilde.  
    ( Le mot GILDE, à cette époque est uniquement  réservé à l'association drapière. C'est seulement à la fin du XIVe siècle qu'on désigne également de ce nom  les corporations militaires, dénommées Serments ou Gildes.)
    Les Doyens et les Assesseurs de la Gilde se recrutent exclusivement dans les rangs des patriciens. Seuls les patriciens peuvent faire partie de l'échevinage. Comme les Echevins urbains sont tout à la fois législateurs, juges, chefs des milices, directeurs des finances et des travaux publics, ils sont les véritables maîtres de la cité, grâce à leur richesse et à leurs privilèges.

armoiries-lignages.jpg
Armoiries des sept Lignages de Bruxelles 
(D'après E. Puteanus, Bruxella incomparabili exemplo Septenaria)
   
 S'Leeuws-Geslachte 
(Lignage du Lion) : de gueules au lion rampant d'argent, palé et lampassé d'azur.
    S'Weerts-Geslachte (Lignage de l'hôte (hospitis): émanché d'argent et de gueules.
    S'Huyghe-Kints Geslachte (Lignage  des fils de Hugues, dit aussi des Cluting: d'azur aux trois lys d'argent.
    Ser-Roelofs Geslachte (Lignage de sire Rodolphe): de gueules à neuf billettes d'or.
    Die van Coudenbergh (ou ceux de Froid-Mont): de gueules à trois tours d'argent aux portes d'azur.
    Die Uten-Steenweghe (ou ceux de la Chaussée): de gueules à cinq coquilles d'argent.
    Die van  Rodenbeke (ou ceux du Ruisseau  Rouge): d'argent à la  bande  ondée de gueules.
 
617px-blasons-lignages-manuscrit-du-xviiieme-3.jpg
Manuscrit du XVIIIème siècle représentant les blasons des lignages de Bruxelles
 
800px-les-blasons-des-7lignages-carte-gravee-par-harrewyn-1697-3.jpg
 
 Carte gravée d'HARREWYN (1697) reprenant les armes des sept Lignages de Bruxelles encadrant le plan de Bruxelles 
                                                                                                                            
Bruxelles au XIVe siècle

Aller-retour du pouvoir et les réformes

    Si en 1303, une insurrection populaire a conduit les patriciens à certaines concessions et à admettre des jurés représentants de la plèbe, ceux-ci vont prendre rapidement leur revanche en 1306, après la bataille de Vilvorde. Avec l'appui du duc, ils rétablissent leur pouvoir et  engagent une terrifiante répression: les principaux responsables plébéiens sont enterrés vivants.
     Pratiquement toutes les prérogatives politiques et économiques des Patriciens sont rétablies par deux privilèges accordés par le duc le 12 juin 1306. Les réformes engagées donnent d'un côté satisfaction aux bourgeois des lignages et  d'un autre  aux artisans de la draperie. Ce qui  permet à Bruxelles de vivre dans une paix réelle qui ne perdurera pas plus d'une dizaine d'années. En effet les campagnes militaires de Jean III et l'influence décourageante de la Guerre de Cent ans vont saper l'activité économique et la classe plébéienne va exprimer son énervement. Le sort des pauvres devient de plus en plus difficile suite au ralentissement économique auquel s'ajoute l'augmentation des charges fiscales.
    Il y a une première réforme en 1333: le droit d'association est reconnu aux tisserands et aux foulons. Ces deux groupes sont acceptés en tant que corporations avec à leur tête des Jurés. C'est une émancipation sociale et politique importante. La corporation, d'une part, donne sa marque à ses produits et d'autre part  assure une protection à ses membres contre la concurrence. Les statuts de l'association fixent les conditions de l'apprentissage, de l'accession au rang de compagnon et de maître-artisan.
    En 1334, de nouvelles réformes administratives sont introduites, suite à des difficultés financières: deux charges annuelles de receveurs urbains sont créées. Ces fonctionnaires ont pour charge de surveiller les recettes et les dépenses.
    En 1339, cette organisation fiscale de 1334 est modifiée afin de rendre le contrôle des dépenses encore plus rigide et obtenir de meilleures sources de revenus.
    La misère des ouvriers de la draperie provoque des troubles à Louvain et à Bruxelles.

Développement de la Ville

    Malgré les effets néfastes des guerres et des réformes sur Bruxelles,  la ville ne cesse de s'accroître. On le voit, entre autres, par la multiplication des rues et par l'apparition de nouveaux fonctionnaires communaux, les coutsyde-meesters, chargés du pavage des rues, et les moddermeyer, qui assurent le nettoyage des voies, le curage des ruisseaux et des égouts.

Cette augmentation des voies entraîne la croissance du nombre de maisons, qui ne s'érigent plus uniquement le long des voies de communication. Elles poussent un peu partout et notamment à la face intérieure des remparts et dans les faubourgs. Il devient nécessaire de renforcer le système défensif en construisant une nouvelle enceinte qui puisse englober les faubourgs. Le coût d'une telle réalisation est tellement élevé que l'échevinage se contente de renforcer le système défensif sur la rive gauche de la Senne. Un fossé, auquel on ajoute un talus de terre, est réalisé en arc de cercle, entre la porte d'Overmolen et du Grand Béguinage. De plus une  porte fortifiée est élevée sur la rue de Flandre, à laquelle on donnera le nom de Verloren cost poort, (littéralement porte à fond perdu) du fait de son isolement.

Guerre de succession du Duché de Brabant

    Après quarante-trois ans de règne, Jean III meurt le 5 décembre 1355. Ses trois fils étant déjà décédés, pour la descendance la famille de Louvain n'est plus représentée que par des femmes. Jeanne, épouse de Wenceslas de Luxembourg,Marguerite, épouse du comte de FlandreLouis de Male, et Marie, épouse du duc de Gueldre. L'héritage revient à Jeanne, l'aînée et épouse de Wenceslas. Mais les lignages conditionnent la reconnaissance de leur autorité à l'octroi d'une charte leur assurant de nombreux nouveaux privilèges. Cette charte, dite de la Joyeuse Entrée,leur est accordée, malgré les réticences de Wenceslas.
    Louis de Male, comte de Flandre, exige la possession d'un tiers du duché plus la ville de Malines. Des négociations s'engagent mais il y a rupture et les troupes flamandes envahissent la région en 1356. Les Brabançons incertains de la valeur défensive des remparts, au mois d'août, s'en vont attaquer les Flamands en rase campagne. Ils sont battus et les ducs Jeanne et Wenceslas se réfugient dans leurs terres du Limbourg. De là, en octobre part une armée qui s'avance en Brabant et qui reprend Bruxelles le 24 octobre, grâce au rôle important joué par Everard 't Serclaes, qui est fait Chevalier par le duc. Il est également nommé échevin à plusieurs reprises par les citoyens. Louvain est également reprise. A la Toussaint, Jeanne et Wenceslas reviennent.
    L'attaque flamande et la prise de la garnison flamande par 't Serclaes révèlent l'inefficacité de la défense de la Ville et le Magistrat décide la construction d'une nouvelle enceinte. Les Lignages se résignent à une politique conciliante compte tenu de la facilité avec laquelle l'attaque de Louis de Maele a réussi.

Construction de la seconde enceinte

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    Le Magistrat décide donc la construction d'une nouvelle enceinte afin, notamment, de voir les faubourgs, nés hors des portes de l'ancienne enceinte, protégés. Les travaux débutent en 1357, et se prolongeront jusqu'en 1383. L'enceinte va se développer sur un périmètre de quasi 8 kilomètres et sur une surface de 450 hectares. C'est donc gigantesque. On prévoit que cette nouvelle enceinte comprendra un mur en briques, recouvert de pierres et qu'elle intégrera 74 tours semi-circulaires et 7 portes, comportant chacune un pont-levis.. Ces portes seront: 
    -la porte de Louvain, qui correspond à la porte Sainte-Gudule (ou du Treurenberg) de la première enceinte.
    -la porte de Namur qui correspond à la porte du Coudenberg.
Ces deux portes s'ouvrent vers l'Est.
    -la porte d'Obbrussel (ou de Hal) qui correspond à la Steenpoort.
    -la porte d'Anderlecht (ou 't Kruysken) qui correspond à la porte d'Overmolen.
Ces deux-ci s'ouvrent vers le Sud.
    -la porte de Flandre, qui correspond aux portes Sainte-Catherine et de Verloren Cost poort, qui s'ouvre vers l'Ouest.
    -la porte de Laeken, qui deviendra ultérieurement la porte d'Anvers
    -la porte de Schaerbeek (ou de Cologne) qui correspond à la Warmoes-poort.
Ces deux dernières s'ouvrent vers le Nord.
La protection de chaque porte est confiée à l'un des sept lignages.
(Au XVIIe siècle, une 8ème porte, sur le canal de Willebroeck, sera  instaurée et portera le nom de porte du Rivage (ou Valpoorte). 
    Un large fossé rempli d'eau doit s'ouvrir au pied de la muraille. Le fossé côté Est ne peut être alimenté en eau, aussi on renforce la défense par deux tours plus hautes que les autres, il s'agira de la Grosse Tour (ou Wollendriestoren) et de la Tour Bleue.
    Dans la seconde moitié du XIVe siècle, l'artillerie fait son apparition. Les comptes communaux montrent qu'à la fin de ce XIVe siècle, les remparts sont garnis d'artillerie et que des fauconneaux sont disposé sur les plateformes des tours.

porte-de-laeken054.jpgAncienne Porte de Laeken (Manche fecit, Imp. 10 Passage du Prince)

porte-de-schaerbeek055.jpgAncienne Porte de Schaerbeek

 

porte-de-louvain057.jpgAncienne Porte de Louvain (Et. Royal de Lith. DEWASME-PLETINCKX)
 
porte-de-namur058.jpgAncienne Porte de Namur (Dessin de Heins, d'après P.Vitzthumb)

porte-de-hal060.jpgAncienne Porte de Hal

porte-anderlecht061.jpg
Ancienne Porte d'Anderlecht (D'après Dessin Vitzthumb)

porte-de-flandre063.jpgAncienne Porte de Flandre (Lauters fecit. Imp. 10 Pass du Prince)


porte-du-rivage065.jpgAncienne porte du Rivage (dessin de Langendyk)

tour-bleue056.jpgAncienne Tour bleue dite aussi Tour Hydraulique (Liyh. de Jobard frères)

grosse-tour059.jpgLa Grosse Tour (Dessin de Heins, d'après Orig. de Vitzthumb (Bibli. Royale)


remparts-et-arba062.jpg
Section des Remparts entre les Portes de Hal et d'Anderlecht
avec à l'avant une manoeuvre des Arbalétriers du Grand Serment
(Dessin de Heinz, d'après P. Vitzthumb)


Poursuite des réformes sociales


    Les charges imposées par la liquidation financière de la guerre de succession et le financement de la construction de la nouvelle enceinte vont entraîner une augmentation du coût de la vie, ce qui aura pour conséquence l'éclosion de nouvelles luttes sociales. Un événement va précipiter les troubles à Bruxelles: l'année 1360, à Louvain, les gens de métier se rendent maîtres du pouvoir. Les tisserands et les foulons de Bruxelles, auxquels se joignent les bouchers, suivent leur exemple. Ils sont battus de manière sanglante et ceux qui n'ont pu s'enfuir subissent d'atroces supplices. Mais la plèbe ne cessera de témoigner des signes de mauvaise humeur.
    Face à cette situation, les patriciens estiment plus prudent de se montrer conciliants. Quatre nouveaux groupements professionnels sont reconnus: les ébénistes, les tonneliers, les charpentiers et les graissiers. A ceux-ci s'ajouteront peu après les couteliers, les fabricants de fourreaux et les cordiers. Deux ans plus tard le statut de reconnaissance était également accordé aux blanchisseurs.
    Toujours en vue de ramener le calme et la confiance dans la classe populaire, les patriciens, par l'acte du 17 juin 1368, instaurent une juridiction mixte, moitié plébéienne, moitié patricienne.
    De plus le privilège du 19 juin 1375, qui remplace le système de cooptation des échevins par un nouveau système électoral est la preuve de la préoccupation des patriciens bruxellois: calmer les appréhensions du peuple et par une plus juste répartition des mandats communaux, d'amoindrir les inconvénients des compétitions patriciennes.
    On peut dire qu'à la fin du XIVe siècles , la politique à Bruxelles n'est plus aux mains de quelques privilégiés, même si l'égalité pour le partage entre les plébéiens et les patriciens n'est pas encore réelle.
    Les moeurs restent brutales. Les tavernes qui débitent de grandes quantités de vin et de bières conduisent à de nombreuses rixes entre consommateurs. Il y a aussi des sortes de vendetta entre certaines familles patriciennes, dont celle, marquante, entre les familles des Vandernoot et des Vanderzenne qui va entraîner mort d'homme en rue. (Walter Vandernoot fut assassiné derrière l'église Sainte-Gudule. On imagine que c'est de là que le nom de Wilde-Wouter-Straat (rue Walter le Sauvage), tire son origine, dénaturé en Wild-Hout-Straat (rue du Bois-sauvage).
    
A la fréquentation des tripots s'ajoute les jeux d'argent et les moeurs dissolues par la fréquentation des établissements de bains, dénommés Stoven (Etuves) dont le nombre augmente énormément au XIVe siècle à Bruxelles. (D'ou le nom de la rue de l'Etuve).
    Les dépenses somptuaires des fils de familles font le bonheur des usuriers et des changeurs (ceux-ci qui ont pour nom Lombards, apparaissent déjà dans les villes de Flandre dès la fin du XIIe siècle. D'où le nom de la rue du Lombard).
    En ce qui concerne l'habillement, le XIVe siècle  voit l'usage du linge de corps et les bourgeoises portent la faille (chemise)qui, se portera à Bruxelles jusqu'au milieu du XIXe siècle.
    
Situation intellectuelle et religieuse, organisation et évolution de la cité dans la seconde moitié du XIVe siècle.

    Les lettres, à Bruxelles, s'illustrèrent par diverses personnalités, mais notamment par un ecclésiastique, Jean Ruysbroeck, dont l'influence fut considérable et son oeuvre peut être placée en tête de la littérature religieuse du Moyen Âge en Occident. L'Eglise, à cette époque, était ébranlée par des tendances hérétiques diverses. La peste noire faisait des ravages et des bandes de toutes conditions se livraient à des pratiques curieuses pour que le ciel leur épargne cette terrible épidémie. Ils se flagellaient à sang et leur fanatisme fut contagieux. Les premiers à en être victimes, furent les juifs. Le sentiment chrétien était profond et c'est vers cette époque, que fut instituée la procession annuelle, dénomméeOmmegang. De même, les libéralités et les legs aux institutions ecclésiastiques étaient nombreuses.L'esprit de charité se manifesta par la création de nombreux hospices. Enfin, le repos dominical de l'obligation chrétienne était fermement observé.
    Au plan militaire, la cité s'organise aussi. Les corporations fournissent les milices et les Lignages livrent la cavalerie. Les moyens généraux ou l'intendance, comme les chevaux, les chariots pour le transport, les habillements, les tentes, les cordages et les approvisionnements sont fournis par la Ville. Pour le maniement des armes, soit l'arc et l'arbalète, il faut des spécialistes possédant un entraînement régulier, c'est-à-dire des professionnels.  On constitue un groupe de spécialistes à la solde de la Ville et il s'agit de la "Schuttersgilde", la Gilde des tireurs ou encore la Grande Gilde des Arbalétriers sous l'invocation de Notre-Dame. Celle-ci s'entraîne au "Schuttershof", le Jardin des tireurs ou le Jardin des Arbalétriers. D'autres associations vont se constituer, notamment la Gilde d'Arbalétriers, sous l'invocation de Saint-Georges et le Gilde des Archers, sous le patronage de Saint-Antoine. Ces trois Compagnies sont officiellement reconnues et il est interdit aux citoyens de s'affilier à d'autres que ces trois-ci. Dans la seconde moitié du XVe siècle, le Serment des Arquebusiers et le Serment des Escrimeurs vont aussi se constituer.
    En raison des troubles fréquents à Louvain, c'est Bruxelles qui devient le lieu de séjour favori de la Cour et ceci est un stimulant pour le commerce bruxellois. De nombreuses industries de luxe y prospèrent, comme la confection de tapisseries, la fabrication des toiles de lin, des orfèvreries, des armes, des cuirasses. Comme Bruxelles est le lieu de résidence fréféré des ducs de Brabant, elle est considérée de plus en plus comme la capitale du Brabant, "Caput Brabantiae", et Louvain est détrônée de ce titre. Les travaux  d'embellissement se  multiplient. On bâtit de nouvelles maisons et on rectifie l'alignement des rues, on  édifie une superbe Halle aux draps et les travaux à Sainte-Gudule sont  repris, on  aménage des fontaines publiques et de nouvelles rues sont pavées. Cet état de fait produit une augmentation de la population, et on estime le nombre d'habitants à environ 30.000, ce qui est énorme pour l'époque. De plus, la croissance de Bruxelles entraine l'essort des villages environnants, fournisseurs des produits de base comme le blé, l'orge, la viande, le beurre, le lait, le fromage, les légumes. Et donc, le Magistrat étend la juridiction urbaine sur ces villages, qui sont Ixelles, Saint-Josse-ten-Noode, Saint-Gilles, Molenbeek-Saint-Jean, Schaerbeek, Laeken, Anderlecht, Forest.
    
Bruxelles au XVe siècle
Au temps de la Maison de Bourgogne

    
    Le duc Wenceslas, à l'âge de 46 ans, décède le 8 décembre 1383.
    La duchesse Jeanne, lui survit pendant 23 ans et meurt le 1er septembre1406, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Sans postérité, elle est la dernière représentante de l'illustre Maison de Louvain, qui a été à la tête du Brabant pendant trois siècles. Jeanne avait fait reconnaître sa nièce Marguerite de Flandre en tant qu'héritière de ses possessions. Mais elle n'était déjà  plus duchesse en titre depuis le 7 mai 1404, date à laquelle Antoine de Bourgogne avait été proclamé "Ruwaert" (Régent) du duché. Antoine est inauguré duc de Brabant le 18 décembre 1406 à Louvain. Le duché passe donc à la Maison de Bourgogne.
    Dédaigneux, méprisant et autoritaire, il fut en opposition totale tant avec les patriciens qu'avec les métiers, par ses réformes de centralisation. Il ne régna pas très longtemps. Il fut tué à la bataille d'Azincourt, le 25 octobre 1415.
    Son fils aîné, Jean IV, est mineur à ce moment. Le pouvoir souverain est assuré par un Conseil de Régence de représentants des villes, de chevaliers, de barons et d'abbés, au lieu d'une tutelle par Elizabeth de Görlitz, épouse d'Antoine. Elle en est outrée et quitte Bruxelles pour se fixer dans son duché de Luxembourg. En 1420, Jean IV est en totale opposition avec ses sujets. Craignant pour sa sécurité, il s'enfuit secrètement à Bois-le-Duc . 

    Entre-temps, Jean sans Peur, le frère d'Antoine, organise le mariage de Jean IV avec sa cousine Jacqueline de Bavière. Union contre nature car de caractères et de conditions fort différents. La haine entre les époux va véritablement éclater au grand jour. Les Etats, mécontents de voir la nomination de l'Amman et des Echevins de Bruxelles choisis parmi les patriciens à la botte du duc, saisissent l'occasion, prennent le parti de Jacqueline de Bavière et demande au frère de Jean IV, le comte de Saint-Pol d'assurer la régence. En octobre celui-ci fait son entrée à Bruxelles en compagnie de la duchesse et des Etats. En janvier 1421, Jean IV revient, et le comte de Saint-Pol s'échappe à Louvain en laissant ses partisans sur place. Diverses rumeurs sont répandues par les partisans de Saint-Pol et la plèbe se rend maître de la Ville. Le duc s'enfuit une nouvelle fois, alors que Saint-Pol revient. Pour reprendre la situation en main, il doit lâcher du lest aux métiers tout en ménageant les patriciens. Le 11 février il concède un nouveau privilège. Les corporations de métiers reçoivent un statut politique et sont groupées en neuf nations, placées sous l'invocation des saints principaux (Cfr Blog: Les Neuf Nations de Bruxelles)Chacune de ces Nations est associée au pouvoir par l'intermédiaire d'un mandataire. Six le seront comme  conseiller-juré. Il y a deux charges de Bourgmestre qui sont instaurées: l'une pour un mandataire d'une Nation, l'autre à un membre des Lignages. Ce même privilège de 1421, réunit deux receveurs des finances, choisis au sein des Nations, aux deux membres des Lignages désignés par les Echevins. 
    Dans cet ensemble politique administratif, que l'on appelle la loi (de Wet), les métiers obtiennent donc une participation au pouvoir. Il y a, notamment, un des leurs, un Capitaine, qui siège dans la Loi avec le Bourgmestre et les élus des Neuf Nations, qui a la charge de la défense de l'Hôtel de Ville, des portes et des remparts. Les métiers obtiennent en quelque sorte la mainmise militaire sur la Ville.
    Pressé par les Lignages et les Nations, Jean IV revient à Bruxelles le 25 novembre 1423. Il décède le 17 avril 1427, alors qu'il a à peine 24 ans. 
    C'est son frère, Philippe de Saint-Pol qui lui succède et il prête serment le 23 mai. Son règne est de courte durée. Il décède, suite à un abcès à l'estomac, le 4 août 1430.

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Règne de Philippe le Bon (1430-1467)

    
Philippe le Bon est inauguré le 5 octobre 1430 à Louvain , et  il fait son  entrée officielle et grandiose à Bruxelles le 7 octobre. 
    Très vite, les fêtes et les tournois fastueux vont se succéder. La prospérité générale va éclater par le déployement d'un luxe exceptionnel sur la Grand-Place et sur la place des Bailles. Il est le Grand duc d'Occident et s'affirme encore par l'achat du Namurois, par la confiscation du Hainaut, de la Frise et de la Zélande. Il hérite du Luxembourg. Avec le Brabant, le Limbourg et les pays d''Outre Meuse, il va régner sur des territoires immenses. Bruxelles va bénéficier de cet énorme épanouissement. Le Grand duc qui apprécie la position géographique de Bruxelles par rapport à toutes ses possessions, va séjourner six mois entiers au palais du Coudenberg, ce qui est exceptionnel. Il y entreprend des travaux importants. La warende est entourée d'une muraille et le gibier y est développé. Les fêtes fastueuses se suivent et les nobles, les ambassadeurs, de même que de nombreux visiteurs de qualité  y sont attirés. Le commerce bat son plein, et les nombreuses réalisations des artisans sont recherchées et exportées. C'est sous son règne que la seconde aile de l'Hôtel de ville est ajoutée. A la pointe de la flèche de la tour on hisse en 1454 la célèbre girouette du saint Michel terrassant le démon, d'une hauteur de 4,25 mètres, commandée à Martin van Rode, et qui domine la ville à une altitude de 113 mètres. Autre témoin de la prospérité, la population de la ville augmente notablement. Bruxelles est vraiment la capitale de l'Etat bourguignon. Lorsque le dauphin de France, Louis, se brouille avec son père Charles VII en 1456, c'est Philippe qui l'accueille à Bruxelles et il résidera au château de Genappe pendant cinq ans. L'amitié qui s'installe entre lui et Charles de Charolais, futur souverain des Pays-Bas, laisse entrevoir des perspectives politiques intéressantes. Toutefois la santé de Philippe le Bon donne des alertes à deux reprises à partir de 1462. Le 27 avril 1465, les Etats Généraux se réunissent à Bruxelles dans Laula Magna du palais, et reconnaissent Charles en tant que prince héritier, lequel leur prête serment.
    Son père, le Grand duc, s'éteint deux ans plus tard, le 15 juin 1467 à Lille.

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Règne de Charles le Téméraire (1467 - 1477)

    Charles le Téméraire est inauguré à Louvain le 12 juillet 1467 et fait sa joyeuse entrée à Bruxelles le 14 août. Le caractère de Charles est très différent de    celui de son père. Les Bruxellois n'avaient d'ailleurs pas été enthousiastes à le reconnaître comme duc de Brabant. Et Charles n'éprouvait pas un grand amour pour les Bruxellois.

    La situation financière de Bruxelles devient très mauvaise. De plus Charles le Téméraire décide le transfert de la Chambre des Comptes de Bruxelles à Malines où il instaure un Conseil supérieur de la Justice.
    Les gens sont opprimés et Charles inflige de terribles corrections à Dinant et à Liège qui est incendiée. Les autres grandes villes, Bruxelles, Gand et Malines sont affolées et la terreur les immobilise. Le duc reprend la lutte contre la France, entre en guerre avec la Gueldre et mène des expéditions en Lorraine et contre les Suisses. Pour ces entreprises guerrières, Charles impose une contribution pécuniaire de guerre aux artisans, ce qui irrite de plus en plus les populations.
    Le 7 janvier 1477, il décède au cours du siège qu'il mène depuis deux mois devant Nancy.


Règne de Marie de Bourgogne et Maximilien d'Autriche (1477-1482-1493
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    La fille unique de Charles le Téméraire, Marie de Bourgogne connaît un début de règne difficile. Par une ordonnance des métiers elle est quasiment séquestrée à Gand et est forcée de signer la charte du Grand Privilège. Elle concède aussi sept chartes provinciales ce qui permet à Bruxelles de voir revenir chez elle la Chambre des Comptes. Mais une insurrection, menée par le centenier Pierre de Marbais, éclate au mois de mars 1477. Pour éviter le massacre des magistrats, les exigences de la plèbe sont acceptées. De ce fait, ils créent une nouvelle institution politique, un corps consultatif des métiers:l' "Arrière Conseil" (Achter Raad). L'organisation politique de Bruxelles comprend donc trois "membres"
   -1.  La "Loi", ou "Magistrat", composé de dix patriciens (un Bourgmestre, sept Echevins, deux Conseillers) et de neuf plébéiens (un Bourgmestre, six Conseillers-Jurés des Nations, deux Trésoriers-Receveurs).
    - Le "Large Conseil" (Wijden Raad) ou Conseil Communal, c'est-à-dire les membres de la Loi sortis de charge.
    - Les Jurés des métiers de Neuf Nations et les Centeniers, chefs de quartier, donc essentiellement des plébéiens.
Ce troisième membre est complété par l'Arrière-Conseil, corps consultatif, composé de l'ensemble des métiers de la ville.

 


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    Marie de Bourgogne fait sa Joyeuse Entrée à Bruxelles le 4 juin 1477. Mais Louis XI lance ses armées à la conquête des territoires de la duchesse. Marie, qui a besoin d'un soutien militaire, traite rapidement son mariage avec Maximilien d'Autriche, qui fait son entrée à Bruxelles, le 11 août. Le mariage a lieu le 18 août à Gand, en la chapelle de "Ten Walle". Elle laisse à son mari, le soin de mener la guerre contre Louis XI. Tous deux ont des gestes d'apaisement envers la population. Les patriciens bruxellois emprisonnés lors de la révolte sont remis en liberté. Marie rend à Liège, son perron que Charles le Téméraire avait déménagé à Bruges.
    Le 27 août 1478, Maximilien remporte la victoire contre Louis XI à Guinegate.
    Marie donnera le jour à trois enfants:
       - Philippe, naît à Bruges, le 22 juin 1478.
       - Marguerite  naît au Coudenberg le 10 janvier 1480.
       - François, qui vient au monde le 10 septembre 1481, également au Coudenberg, mais            décédera trois mois et demi plus tard.
    
    Le 27 mars 1482, Marie décède à la suite d'une simple et absurde chute de cheval en forêt de Wijnendael, près de Bruges.
    Maximilien s'instaure Régent et tuteur de ses deux très jeunes enfants. Mais la Flandre s'oppose à le reconnaître à ce titre et les Gantois envoient des ambassadeurs au Roi de France afin d'élaborer un traité de paix. Maximilien n'a d'autre issue que de signer ce traité, ce qui se fait à Anvers, le 23 décembre 1482. La princesse Marguerite est promise au Dauphin et envoyée en France et on tente d'enlever la tutelle de Philippe à Maximilien. Deux clans se forment au sein de l'aristocratie et parmi les villes. Anvers et Bruxelles soutiennent Maximilien. Il règne une guerre civile. Autre fléau: la peste décime la population et le commerce est détruit. Une alliance se construit, entre le roi d'Angleterre, Henri II, Ferdinand d'Espagne et Maximilien, contre la France. Maximilien connaît des victoires militaires en Franche-Comté et Charles VIII signe le traité de paix de Senlis le 23 mai 1493 et la jeune Marguerite est ramenée à Maximilien.
    Mais le 19 août de la même année, Frédéric III décède et Maximilien est appelé à la tête de l'Empire. De ce fait il renonce aux Pays-Bas et à la tutelle de ses enfants. 

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Règne de Philippe le Beau (1493 - 1506

    Philippe, dénommé Plilippe le Beau, qui a 16 ans, devient souverain des Pays-Bas. Il est inauguré en tant que duc de Brabant le 9 septembre à Louvain et fait son entrée officielle à Bruxelles, le 22 juillet 1495. Il épouse, à Lierre, l'Infante Jeanne d'Espagne, fille de Ferdinand d'Aragon et d'Isabelle de Castille. Le couple eut six enfants, quatre filles et deux garçons, dont l'aîné s'appela Charles, (Charles de Luxembourg, le futur Chales Quint).
    Le 26 novembre 1504, la Reine Isabelle de Castille décède. Dès lors, Philipe et Jeanne deviennent Souverains de Castille, Léon et Grenade. Ils quittent les Pays-Bas en début d'année 1506 pour rejoindre leur nouvelles possessions. Le 25 septembre, à Burgos, Philippe meurt brusquement, alors que Jeanne est enceinte de son sixième enfant.

Seconde Régence de Maximilien et Gouvernement de Marguerite d'Autriche (1506 - 1515)

    A l'annonce du décès de Philippe, les Etats Généraux se réunissent d'urgence. Ils offrent, une nouvelle fois, la régence à Maximilien.Celui-ci accepte, mais très pris par ses autres préoccupations, il confie le gouvenement des Pays-Bas, à sa fille Marguerite, princesse d'une intelligence certaine, récemment veuve de Philibert de Savoie. Le 27 avril 1507, elle est reçue à Bruxelles. Mais elle préféra résider à Malines, ce qui l'éloigna du coeur de Bruxellois.
Quelques années plus tard, en 1514, les Etats demandèrent à Maximilen de renoncer à ses droits de tutelle sur leur prince naturel, l'Archiduc Charles, ce moyennant compensation financière. Cet argument décida Maximilien à faire convoquer les Etats Généraux le 5 janvier 1515, dans la grande salle du Coudenberg afin de faire procéder devant eux à l'émancipation de Charles. Devenu duc de Brabant, Charles fait son entrée à Bruxelles le 28 janvier et prête Serment le 29.


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Règne de Charles Quint (1515 - 1555)

    Charles aime Bruxelles, dont il se souvient avec bonheur, d'avoir été proclamé "Roy de Tir à l'Arbalète" au Grand Serment des Arbalétriers de Bruxelles, alors qu'il était âgé de douze ans. Charles qui est né à Gand, qui a été élevé à Malines, est très attaché aux Pays-Bas et en particulier à Bruxelles. Mais ses charges d'un énorme Empire "sur lequel le soleil ne se couche jamais", ne va pas lui permettre d'y résider longtemps.
     Suite au décès de son grand-père maternel, Ferdinand d'Aragon, le 23 janvier 1516, et à la folie de sa mère, Jeanne de Castille, la couronne d'Espagne lui revient. Il hérite donc des royaumes de Castille, d'Aragon, de Naples, de Sicile et les colonies espagnoles d'Amérique. Dans l'obligation de se rendre en Espagne, Charles confiera le gouvernement des Pays-Bas à sa tante Marguerite d'Autriche de 1518 à 1530 et à sa soeur Marie de Hongrie de 1531 à 1555.

    Le 12 janvier 1519, c'est Maximilien, son grand-père paternel qui décède, et il hérite des territoires autrichiens des Habsbourg. Opposé à François Ier, roi de France, Charles est élu à la dignité d'Empereur, à Francfort, le 28 juin 1519, grâce aux banquiers allemands, les Fugger. Mais cette rupture de l'équilibre européen en sa faveur, va suciter d'impitoyables résistances. Tout son temps sera occupé par les guerres avec la France, la menace turque et  une lutte incessante contre Luther et les adhérents à sa doctrine.
    A cette situation politique préoccupante, vont s'ajouter une conjoncture difficile, de multiples voyages et une santé fragile.
    Usé physiquement et nerveusement, épuisé par de violentes crises de goutte, Charles abdique le 25 octobre 1555, en faveur de son fils Philippe, au cours d'une émouvante cérémonie dans la grande salle du palais du Coudenberg à Bruxelles. Cette cérémonie ne concerne que les Pays-Bas, et c'est la seule à laquelle il va participer. Les autres renonciations de pouvoir se feront par écrit. Charles Quint aspire à une vie plu simple. Son choix est le monastère de Yuste, en Estramadure. Il s'y retire et c'est là qu'il s'éteint le 21 septembre 1558.

Règne de Philippe II (1555 - 1598)
 
   philippe-ii-en-1555-1.jpg Philippe, qui est le fils de Charles Quint et de l'Infante Isabelle du Portugal, né en 1527, sera donc connu sous le nom de Philippe II. Il a également deux soeurs: Marie (1528-1603), qui épousera Maximilien d'Autriche, son cousin et dont elle aura une considérable descendace, et Jeanne (1537-1573), qui épousera son cousin, le prince Jean de portugal. Philippe fera quatre mariages successifs avec des princesses des plus importantes monarchies d'Europe. 
    -En 1542, il épouse Marie de Portugal, sa cousine. De ce mariage consanguin naîtra don Carlos, mais la princesse meurt en couche.
    -En 1554, il épouse sa cousine, la reine Marie Tudor d'Angleterre.
    -En 1560, union avec la princesse Elisabeth de France, fille de son ennemi Henri II, union dont il aura deux filles: les infantes Catherine (future duchesse de Savoie) et Isabelle (future archiduchesse Isabelle).
    -En 1570, mariage avec l'archiduchesse Anne d'Autriche (sa cousine et nièce) dont il aura deux garçons qui meurent en bas âge et le futur roi Philippe III d'Espagne.
    Les festivités de 1549, dont le fameux Ommegang, pour lequel les Arbalétriers de Bruxelles étaient à l'honneur, sont organisées à l'occasion de la présentation de Philippe II dans les Pays-Bas et donc préparer la succession de Charles Quint.
 
   Philippe est reconnu comme souverain par les Etats de Brabant, dès le lendemain de l'abdication de son père. Mais Philippe II est un étranger pour les habitants des Pays-Bas. Contrairement à son père qui a été élevé dans les Flandres, lui est élevé en Espagne. il ne connaît aucune langue des possessions, ni le français, ni l'allemand, ni l''Italien, ni le flamand. Il passe pour avoir une intelligence médiocre et est borné. A ceci s'ajoute le fait qu'il ne se décide qu'avec lenteur. Aucune sympathie ne va se manifester entre Philippe II et le peuple des Pays-Bas, et la froideur populaire va se transformer en méfiance. Une réelle hostilité va même se déclarer, lorsque le peuple va se rendre compte que leur souverain, au mépris de son serment, avait l'intention de détruire les libertés traditionnelles et soumettre les Pays-bas au même régime autoritaire que ses Etats espagnols. Philippe termine la guerre avec la France en 1559 par la paix de Cateau-Cambresis et il retourne en Espagne en laissant la gouvernance à Marguerite de Parme. Pendant sa gouvernance, il y a de nombreux actes de violence contre les catholiques par des bandes d'exaltés protestants. 

Succession de Gouvernants

    Malheureusement Marguerite de Parme ne tient pas compte des avis des nobles du Conseil d'Etat. Elle suit uniquement les avis d'une Commission secrète, la "Consulta", dont l'âme damnée est Antoine Perrenot de Granvelle, homme de confiance de Philippe II. Son renvoi, en 1564, ne calme pas les esprits. Et la noblesse se divise en deux clans: l'un,  les catholiques, avec à leur tête le comte de Mansfeld, l'autre, sensible à la liberté de conscience, sous la direction du prince Guillaume d'Orange. C'est la guerre civile. Le Roi, informé des évènements, afin de lutter contre les hérétiques, confie le gouvernement des Pays-Bas à un de ses meilleurs généraux, Fernando Alvarez de Toledo, le duc d'Albe.Celui-ci arrive à Bruxelles le 9 août 1567, à la tête d'une armée de 17.000 hommes, composée de troupes espagnoles et italiennes. Il instaure immédiatement un régime de terreur. Les comtes d'Egmont et de Hornes sont arrêtés le 9 septembre, condamnés à la peine de mort et exécutés sur la Grand-Place le 5 juin 1568. Un tribunal d'exception, dénommé "Conseil des Troubles" est institué. Les arrestations arbitraires, la torture et la mise à mort, par  la fosse, le glaive ou le feu, des nobles confédérés (qui avaient pris le nom de "Gueux"), vont se succéder à un rythme effréné. De plus, le duc décide de percevoir de nouveaux impôts: un sur les biens de toute nature, deux autres, l'un d'un dixième sur les ventes de biens meubles, l'autre d'un vingtième sur les ventes d'immeubles. Les commerçants et les producteurs résistent fermement. Enfin, le nombre des diocèses passe de quatre à dix-sept, et Bruxelles, qui faisait partie du diocèse de Cambrai, dependra désormais de l'archevêché de Malines.         
    Entre-temps, les armées espagnoles doivent faire face à de nombreux échecs, ce qui provoque le remplacement du tyran par le Grand Commandeur de Castille, don Louis de Requesens y Zuniga. Le duc d'Albe quitte Bruxelles, le 18 décembre 1573. Requesens ne pourra pas travailler longtemps à apaiser les esprits. Il meurt soudainement le 5 mars 1576 et le gouvernement intérimaire est exercé par les membres du Conseil d'Etat. Malheureusement, ses membres ne s'entendent pas entre eux, et les Bruxellois tentent de prendre leur sort en main. C'est la pagaille.
    Le roi désigne son demi-frère, don Juan d'Autriche, en qualité de gouverneur des Pays-Bas. Malgré son image de brillant vainqueur de la bataille de Lépante, il est obligé de négocier de longues semaines avec les Etats. Un accord est conclu le 12 février 1577 par l'Edit perpétuel de Marche-en-Famenne, et il fait son entrée à Bruxelles, le 1er mai. Son gouvernement ne va pas durer très longtemps. Très vite, les Nations de Bruxelles vont manifester leur méfiance et s'opposer au désir de don Juan de modifier le régime politique de la Ville. Celui-ci, présageant les difficultés, va quitter sa résidente bruxelloise et réclamer au roi, l'envoi de troupes espagnoles en renfort. Bruxelles va renforcer ses  moyens de défense et les Etats Généraux vont faire appel à l'aide du Prince d'Orange. Mais Guillaume d'Orange n'est pas en phase avec la noblesse catholique et celle-ci, pour le tenir en échec, fait appel au frère de l'empereur Rodolphe, l'archiduc Mathias en vue de lui confier le gouvernement du pays.
    Mathias, prête serment à Bruxelles, le 20 janvier 1578, et Guillaume, par une habile manoeuvre, réussit à se faire nommer gouverneur du duché de Brabant et, en cumul, lieutenant-général de Mathias. Une dizaine de jours plus tard, la défaite de l'armée des Etats est annoncée à Gembloux, de même que l'occupation de Louvain et le Hainaut oriental par les troupes espagnoles. Mathias, Guillaume et les Etats Généraux se réfugient à Anvers et, encore une fois, la défense de Bruxelles est renforcée
alexandre-farnese.jpg    Au mois d'octobre de cette année 1578, don Juan meurt inopinément. Philippe II nomme comme successeur, le duc de Parme, Alexandre Farnèse, fils de l'ancienne gouvernante générale, Marguerite de Parme. Il est intelligent, énergique et a le sens de la diplomatie. Mais s'instaure un véritable régime de terreur calviniste, auquel s'ajoutent les exigeances dues aux succès remportés par les troupes espagnoles de Farnèse. L'archiduc Mathias perd tout prestige dans le pays, et les Etats Généraux font appel au duc d'Anjou (frère d'Henri III, roi de France) pour défendre la liberté des Pays-Bas. Il est inauguré en tant que diuc de Brabant, à Anvers, le 19 février 1582. Entre-temps, Farnèse et ses troupes progressent dans leurs reconquêtes et s'approchent de Bruxelles. Sa victoire va être facilitée par la trahison du duc d'Anjou et de sa mort, de même que par l'assassinat de Guillaume d'Orange. Le 12 mars 1585, Bruxelles capitule. Les réformés sont exclus de toutes les fonctions publiques et l'exercice de la religion catholique est rétabli. Le duc de parme fait son entré e à Bruxelles, le 7 décembre 1585. Il décède dans la nuit du 2 au 3 décembre 1592, au monastère de Saint-Waast d'Arras.
    La succession de Farnèse sera multiple au cours des dix années qui suivront. De janvier 1594 à février 1595 elle est exercée par l'archiduc Ernest. Ensuite, de manière temporaire par le comte de Fuentes, et enfin par l'archiduc Albert.
 

Règne des Archiducs Albert et Isabelle (1598 - 1621)

    L'archiduc Albert a trente-sept ans lorsqu'il fait son entrée à Bruxelles le 11 février 1596.
    Philippe II n'a pas pu assumer l'héritage de son père. Et c'est donc sa fille Isabelle (et petite-fille de Charles Quint) qui reçoit le gouvernement des pays-Bas en dot, par l'acte de cession du 6 mai 1598, qui est communiqué aux Etats généraux réunis au palais du Coudenberg.
    Isabelle épouse son cousin l'archiduc Albert, fils de l'Empereur Maximilien (et donc aussi petit-fils de Charles Quint). Les archiducs font leur entrée à Bruxelles, le 5 septembre 1599.  La fête va durer trois jours. Mais le pays est déchiré par une guerre civile. Les Pays-Bas, comme on l'a vu, sortent d'une triste période de révolte, agravée par un mécontentement religieux et par une mauvaise situation économico-politique en vue de s'écarter de l'Empire Espagnol. Les Pays-Bas du Nord sont à majorité protestante, ont conservé leur indépendance et tentent d'aboutir à une république commerçante. Les Pays-Bas du Sud, sont revenus sous l'autorité de l'Espagne catholique, grâce, comme nous l'avons vu, aux campagnes victorieuses d'Alexandre Farnèse.
    Les tentatives d'Albert et Isabelle, pour aboutir à une paix générale, engendrent au contraire des conflits. Pour rappel, il y a le fameux siège d'Ostende qui va durer trois années et au sujet duquel est rapportée la petite histoire qu'Isabelle prétendit ne pas changer de chemise tant que le siège durerait ( d'ou la "couleur Isabelle"). 
   philippe-iii.jpgPhilippe III (né le 14 avril 1578) avait succédé à son père et se préparait à couper les vivres au couple. il soupçonnait la cour de Bruxelles, de vouloir négocier une paix honorable. C'est alors que le marquis de Spinola propose de financer l'armée sous condition que son commandement lui soit attribué. Albert se sent frustré. En 1609, un traîté de paix est quand même signé et Philippe III ne peut que le ratifier. Les années fastes du règne d'Albert et Isabelle vont enfin commencer et durer pendant une douzaine d'années. Le couple va entreprendre des travaux d'intérêt public, il va réformer la justice, développer l'économie. Des bâtiments de prestige vont être édifiés ou transformés, comme le palais de Bruxelles, les résidences de Tervueren et de Mariemont. Le Mont de Piété sera créé, pour permettre au peuple d'obtenir des crédits à court terme moyennant une rente raisonnable. Le couple, qui a installé sa cour à Bruxelles, dans la résidence ducale, va donner à la ville une dimension internationale. La rue Iabelle, qui va traverser le jardin d'exercice des Arbalétriers (rue aujourd'hui disparue, mais dont un important vestige existe toujours sous la place royale) est percée, afin que l'archiduchesse, à partir de son palais, puisse rejoindre la cathédrale Saint Michel et Gudule avec plus de facilité.

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                       Les archiducs Albert et Isabelle                      
          L'archiduchesse porte en sautoir le collier du Serment des Arbalétriers de     
             Bruxelles, et sa coiffure est agrémentée d'un bijou en or représentant 
             l'oiseau posé sur une branche à laquelle sont suspendues trois arbalètes.
  
        

   felipe-iv.jpgLe 31 mars 1621, Pilippe III décède et son fils aîné, âgé de 16 ans, lui succède, sous le nom de Philippe IV. Mais cette même année 1621, quatre mois plus tard, le 13 juillet, l'archiduc Albert meurt également, et les Pays-Bas retournent sous l'autorité directe de l'Espagne. Sa disparition va marquer la fin de la période d'essor des Pays-Bas. Isabelle devient gouvernante-générale, et les députés des provinces prêtent serment au nouveau souverain devant elle, à Bruxelles. 
    Philippe IV ne va pas laisser un souvenir impérissable. Il affiche très peu de talent en politique. par contre ce sera un grand mécène et un grand collectionneur.
    Les Hollandais, dès le décès d'Albert, reprennent les hostilités, ravagent les villages et atteignent les abords de Bruxelles. Pour faire face, Isabelle donne sa confiance à des Espagnols plutôt qu'à des personnalités belges et le mécontentement s'installe. Un parti national de nobles se forme, au sein duquel on retrouve les d'Egmont, les d'Arschot, les de Hennin et d'autres membres connus de l'aristocratie. Ecrasés sous les impôts, le peuple vient grossir les rangs des mécontents, et Isabelle ne peut rien entreprendre d'efficace contre l'ennemi. L'archiduchesse meurt le 1er décembre 1633, laissant les affaires dans un état lamentable.                                 
                                                                                             
    Après la disparition de l'archiduchesse Isabelle, Les Pays-Bas catholiques et, par conséquent Bruxelles, vont connaître une série de Gouvernements et de Gouvernements intérimaires, jusqu'au XVIIIe siècle, où on se retrouve sous le Gouvernement Autrichien,
après avoir  vécu le régime Anjouin, tout au début du XVIIIe siècle. 


    Pendant près de septante années, pas moins de quinze gouverneurs assurèrent le gouvernement des Pays-Bas catholiques, pour des périodes, dont la plus longue ne dépassa pas neuf ans !
     Au cours de ces années, les Pays-Bas catholiques se retrouvèrent, de manière quasi permanente, en guerre avec la France ou avec la France alliée à la Hollande.

Gouvernement intérimaire sous le marquis d'Aytona (1633)
Gouvernement du Cardinal-Infant Ferdinand (1634 - 1641)
Gouvernement intérimaire sous Don Francisco de Melo (1641 - 1644)
Gouvernement intérimaire sous Castel-Rodrigo et Piccolo-Mini (1644 - 1647), pour le compte de Don Juan d'Autriche.
Gouvernement de l'archiduc Léopold-Guillaume d'Autriche (1647 - 1656)
Gouvernement de Don Juan d'Autriche (1656 - 1658)
Gouvernement du marquis de Caracena (1658 - 1664)
Gouvernement du marquis de Castel-Rodrigo (1664 - 1669)
Gouvernement de Don Inigo de Velasco (1669 - 1670)
Gouvernement de Don Juan Domingo de Zuniga y Fonseca, comte de Monterey (1670 - 1674)
Gouvernement du duc de Villa-Hermosa (1674 - 1680)
Gouvernement du prince Alexandre Farnèse (1680 - 1682)
Gouvernement du marquis de Grana (1682 - 1685)
Gouvernement du marquis de Gastanaga (1685 - 1691)
Gouvernement de Maximilien-Emmanuel de Bavière ( à partir de 1691)

Le Régime Anjouin ( 1700 - 1711)

Que désigne-t-on sous cette dénomination?

     Philippe d'Anjou, c'est-à-dire, Philippe V petit fils de Louis XIV, avait hérité de tous les Etats de Charles II, à la mort de celui-ci, le 1er novembre 1700. De là, le terme "anjouin", pour désigner la gouvernance franco-espagnole des Pays-Bas catholiques de 1700 à 1711.

     Cet espace, d'une dizaine d'années, dans l'histoire de Bruxelles, est important parce qu'elle va vivre un événement capital. Le 21 février 1701, les troupes de Louis XIV se rendent maître de Bruxelles au nom du Roi d'Espagne. On peut dire que le gouvernement des Pays-Bas passe sous le contrôle absolu des Français. Louis XIV applique à notre pays le système économique de Colbert., système dit mercantiliste. Une Chambre de Commerce, composée d'un intendant royal et de six échevins, est créée. Les Etats de Brabant construisent de larges nouvelles chaussées partant de Bruxelles vers Louvain et se prolongeant même jusqu'aux frontières de la principauté de Liège, vers Mons par Hal et vers Gand par Alost. Mais au mois de mai, l'armée française est vaincue à Ramillies (petit village de l'Est du Brabant wallon). L'armée des coalisés entre à Bruxelles et le nouveau commandant de la captale et des places voisines, Churchill, frère du duc de Marlborough,abolit toutes les mesures qui avaient été prises par les Français. Ceci suscite une nouvelle division dans la population bruxelloise. Deux camps se forment: l'un partisan du régime anjouin (le parti des carabiniers), l'autre en faveur du prétendant au trône d'Espagne, Charles III (parti des cuirassiers).

     Les années 1713, 1714, et 1715 voient la signature des traités d'Utrecht, de Rastadt et de Bade, qui mettent fin à la guerre de succession d'Espagne. Les Pays-Bas catholiques cessent d'être la propriété de l'Espagne et passent sous l'autorité de l'Autriche.

Bruxelles au XVIIIe siècle, sous le Gouvernement Autrichien (1716 - 1795)

    Règne de Charles VI (1716-1740)

    Gouvernement du marquis de Prié (1716-1725)

    C'est le prince  Eugène de Savoie qui est nommé gouverneur et capitaine général des Pays-Bas. Mais il se fait représenter par Hercule Turinetti, marquis de Prié, noble piémontais, en tant que ministre plénipotentiaire. Celui-ci est fraîchement accueilli par la haute noblesse (les d'Arenberg et d'Ursel). Son honnêteté de ministre est sérieusement mise en doute et il devient très vite impopulaire. La foule lui attribue d'ailleurs le sobriquet de "Marquis de Pillé", ce qui est éclairant quant à l'opinion que l'on se fait à son sujet. Les contacts se font de plus en plus difficiles également entre lui et le Conseil d'Etat. 

    Un incident majeur survint à l'occasion du renouvellement du Magistrat. Les nouveaux doyens (les Nations) refusèrent de prêter le serment prescrit par l'acte additionnel du 12 août 1700. Les compagnies de grenadiers et de dragons appelées en renfort par le marquis n'arrivèrent pas à modifier l'opposition des Nations. L'insurrection prit de l'importance et les Serments prirent parti pour les bourgeois.Prié fut contraint de céder et les Doyens furent autorisés, provisoirement, à faire le serment sur le règlement de 1619.

    Quelques mois plus tard, en juillet, de Prié annule toutes les mesures prises contrairement aux anciens privilèges. Des bandes mettent à sac les demeures du Chancelier et la Chancellerie du Brabant, des propriétés de diverses personnes liées au gouvernement. Les Serments et les gardes bourgeoises tentent de maintenir l'ordre. Mais de Prié s'efforce de faire venir, dans la capitale, les troupes ds garnisons de province. Il n'y parvient pas face aux réactions des Bruxellois. Il réclame alors des renforts à Vienne et fin novembre ceux-ci arrivent dans la Capitale. Des arrestations sont effectuées et un échafaud est dressé sur la Grand-Place. De Prié exige aux Doyens des Nations de prêter serment sur le règlement additionnel de 1700. Ceux-ci refusent. De Prié fait procéder à l'arrestation des plus obstinés, François ANNEESSENS, Doyen de la Nation de Saint-Nicolas, Jean-François LEJEUNE, syndic de la Nation de Saint-Jean, Jean-François VANDERBORGHT, syndic de la Nation de Saint-Laurent, et les Doyens Adrien COPPENS et Gabriel DEHAEZE. L'échafaud, entre-temps, ayant été incendié, il fait dresser une double potence garnie de six pointes de fer.

    Au mois de septembre Anneessens est condamné à la décapitation et ses autres confrères à un bannissement de 90 années. Anneessens meurt sous l'action du bourreau et devient le symbole de la liberté combattant l'oppression étrangère.

    Gouvernement de l'Archiduchesse Marie-Elisabeth (1725-1741)

    Le ministre plénipotentiaire de Prié est rappelé par l'Empereur, fin décembre 1724 et nomme sa propre soeur, l'archiduchese Marie-Elisabeth, en remplacement du prince Eugène de Savoie. Cette nomination ramène le calme parmi les Bruxellois.

    Règne de Marie-Thérèse (1740 - 1780)

    L'empereur Charles VI meurt le 19 octobre 1740, et moins d'un an plus tard, le 26 août 1741, Marie-Elisabeth le suit dans la tombe.
    Le nouveau gouverneur général des Pays-Bas, le duc Charles-Alexandre de Lorraine,arrive dans la Capitale le 15 mars 1744. Sa femme est l'archiduchesse Marie-Anne, soeur de l'impératrice. Il est conduit à sa résidence, qui est le palais de Nassau, depuis l'incendie du Coudenberg (1731).
    Peu de temps après, survient la Guerre de Succession d'Autriche, et l'archiduc doit quitter les Pays-Bas pour aller combattre les armées prussiennes. En décembre 1744, son épouse, qui est demeurée à Bruxelles, meurt des suites d'un accouchement prématuré. C'est le comte de Kaunitz-Rittberg, qui, en qualité de ministre plénipotentiaire, administre le pays, et il doit faire face à l'invasion du pays par les armées de Louis XV, à la tête desquelles se trouve le maréchal de Saxe. Le territoire belge est une fois de plus le théâtre d'opérations des diverses armées françaises, autrichiennes, anglaises et hollandaises. 
    Le 21 février 1746, la place de Bruxelles capitule. Une garnison française se substitue à l'armée hollandaise et le 4 mai, Louis XV fait son entrée à Bruxelles.
L'administration française devient vite impopulaire par des exactions diverses et des mesures administratives, comme l'établissement du passeport pour se rendre d'une ville à l'autre, de l'instauration de la conscription militaire, des exigences fiscales croissantes.
    Heureusement, le 23 octobre 1748, le Traité d'Aix-la-Chapelle met fin aux hostilités et les troupes françaises quittent la Capitale. Les troupes Autrichiennes reviennent et le 2 avril c'est l'archiduc Charles qui  vient s'installer à Bruxelles. Enfin, la paix règne pendant près de 30 années jusqu'en 1780, année, au cours de laquelle, l'archiduc décède au château de Tervueren, le 4 juillet exactement. La tristesse de la population est à son comble, parce que le 29 novembre, Marie-Thérèse décède également.

    Règne de Joseph II (1780 - 1790)

    Joseph II entre dans Bruxelles le 2 juin 1781. Il succède donc à sa mère Marie-Thérèse et les édits et les ordonnances vont se succéder à un rythme accéléré.

    - la tolérance religieuse

    - suppression de couvents

    - les mandements des évêques doivent être soumis à l'approbation du gouvernement

    - les séminaires épiscopaux sont fermés

    - interdiction d'inhumer dans les villes. Des cimetières sont créés

    - le mariage est proclamé contrat civil uniquement

    - un même jour est fixé pour toutes les kermesses

    - ouverture de loges maçonniques autorisée

    - les corporation sont abolies

    - une commission pour la réforme de l'administration de la capitale est instituée

    - l'administration générale du gouvernement et l'administration de la justice sont complètement réformées.

    -des mesures de restriction sont stipulées pour l'application de la torture en vue d'obtenir des informations judiciaires.

    Bien entendu, une opposition va 'exprimer à l'encontre de ces mesures, et, à Bruxelles, c'est l'avocat Henri Van der Noot qui va en prendre la tête. De plus un "Comité pouir le corps de volontaires agrégés aux cinq Serments" va se constituer dans la capitale.

    Les gouverneurs, l'archiduchesse Marie-Christine (fille préférée de Marie-Thérèse) et son mari le duc Albert-Casimir de Saxe-Teschen, sont d'ailleurs sous la surveillance directe de l'Empereur et n'ont donc pas grande autorité de décision.

    Le despotisme de l'empereur s'affirme de plus en plus et un fossé se creuse d'avantage entre les partisans de l'empereur et les patriotes. Les Brabançons constituent secrètement un Comité patriotique, dont les animateurs sont les Bruxellois VONCK etVERLOOY, avec comme but, l'expulsion des Autrichiens.

    Simultanément, les événements qui se déroulent en France, visant à l'anéantissement de la monarchie se répercutent dans les Pays-Bas. Diverses familles de la noblesse française se réfugient dans notre pays suite à la prise de la Bastille le 14 juillet 1789 (le comte d'Artois, le duc de Bourbon, le prince de Condé).

    Révolution Brabançonne et proclamation des Etats-Belgique (1789 - 1790)

    Le Comité patriotique (Pro aris et focis) prend de l'empleur par l'adhésion de magistrats, de membres du clergé et de la noblesse, de gens de métier. Le peuple de Bruxelles se lance dans une attaque générale contre la garnison autrichienne. Les autorités autrichiennes sont dans l'affolement complet et le ministre plénipotentiaire Trauttmansdorff prend la fuite. Le 18 décembre 1789, Bruxelles est libéré et Van der Noot et son allié, le chanoine Van Eupen mènent le jeu. Le 27 décembre, le gouvernement est assuré par les Etats de Brabant.Toutes les innovations décidées par Joseph II sont abolies. 

    La première assemblée des Etats Généraux se tient le 7 janvier 1790 et l'acte constitutif des Etats-Belgique-Unis est proclamé. Van der Noot devient ministre et Van Eupen secrétaire d'Etat.

    Les partisans de Van der Noot sont sous l'influence de l'Eglise. Les partisans de Vonck sont des adeptes de la philosophie rationnaliste. La méfiance qui s'installe entre ces eux groupes devient rapidement de la haine. La vie et les biens des Vonckistes sont sérieusement mis en péril, ce qui oblige Vonck à se réfugier à Lille. Van der Noot devient l'idole. Leurs préoccupations se limitant à poursuivre les Vonckistes, ils négligent la défense contre un retour des Autrichiens et, au mois d'octobre 1790, refusent même un armistice pour discuter des ouvertures de paix, faites par l'empereur Léopld II, successeur de Joseph II.

Première restauration Autrichienne

    Le 21 novembre 1790, un détachement de l'armée autrichienne, fort de 30.000 hommes, sous le commandement du maréchal Bender, pénètre en Belgique. Les villes de Namur, Mons, Bruxelles, Malines, Anvers et Gand sont occupées et le 4 décembre, l'empereur publie l'acte d'amnistie. La popularité de Van der Noot est éteinte et l'indépendance du pays oubliée. La restauration autrichienne est totale. Les archiducs Marie-Christine et Albert de Saxe-Teschen sont confirmés de nouveau comme gouverneurs des Pays-Bas. Les édits de Joseph II sont abrogés et les institutions du temps de Marie-Thérèse sont rétablies.
    Le 1er mars 1792; l'empereur Léopold II meurt et c'est François Ii qui lui succède sur le trône. Il est immédiatement confronté à la France. Le 20 septembre, les Français sont vainqueurs à Valmy et ils marchent vers les Pays-Bas. Ils rencontrent les Autrichiens à  Jemappes et les forcent à  la retraite. 

Première occupation Française (1792 - 1793)

    Le gouvernement autrichien abandonne Bruxelles, de même que certaines familles de la haute bourgeoisie et de la noblesse qui se réfugient en Hollande ou en Allemagne. Les Français entrent à Bruxelles le 14 novembre et un arbre de la liberté est planté à la Grand-Place. Une fois encore, des manifestations d'opposition ont lieu.
    Une association qui a pour nom: "Société des Amis de la liberté et de l'égalité", dont la plupart des membres sont Français, sont menacés par la foule, qui les appelle "sans culottes". Les Conventionnels tentent d'amener les Belges à demander leur réunion à la France. Bien entendu, les représentants provisoires estiment cette démarche comme une atteinte à la souveraineté belgique. Au cours du mois de janvier 1793, les sans-culottes brûlent les effigies de Van der Noot et de Van Eupen sur la Grand-Place. Ensuite ils descendent la statue de Charles de Lorraine de son socle sur la Place Royale et commètent des actes iconoclastes au Couvent des Grands-Carmes et à l'église de Bon-Secours. En sa séance du 1er mars 1793, la Convention décrète la réunion de Bruxelles et de sa banlieue à la République française. Mais les actes de brigandage des sans-culottes se poursuivent; ils dévastent l'église Sainte-Gudule. A la Grand-Place, ils brisent les statues des maisons des corporations, ils emportent les meubles, les tableaux, le patrimoine du Serment des Arbalétriers et les dispèrsent.

    La population, qui se met à regretter le temps de l'administration autrichienne, exulte de joie lorsqu'elle apprend la défaite de Dumouriez du 18 mars 1793, à Neerwinden. Lorsque les troupes républicaines quittent la ville le 23 mars, le peuple est enthousiaste.

Restauration de l'Ancien Régime (1793 -1794)

    Le soir même, les troupes autrichiennes font leur entrée dans la capitale et sont acclamées. On efface et on recommence !

    L'Ordre ancien est rétabli. Le Conseil de Brabant est réinstallé.La statue de Charles de Lorraine est remise sur son socle et losque l'archiduc Charles, frère de l'Empereur François II, fait son entrée à Bruxelles le 20 avril, en qualité de Lieutenant-gouverneur et Capitaine-général des Pays-Bas, la foule se presse pour l'accueillir. mais cet espèce d'accord entre Autrichiens et Belges sera de courte durée.

    Les Etats vont commencer à faire valoir leurs prétentions, notamment la préservation de la religion catholique ou l'organisation d'une armée nationale, etc. Des désordres vont se produire, notamment à cause de la hausse des prix.

    L'empereur François II est inauguré comme duc de Brabant et de Limbourg au mois d'avril 1794 devant l'aglise du Coudenberg et le peuple de Bruxelles est absent.

Seconde occupation Française ( 1794)

    Les armées républicaines remportent une victoire totale contre les armées alliées, le 26 juin 1794 à Fleurus. Le gouvernement autrichien se retire avec précipitation.

    Le 10 juillet, la capitale voit arriver les avant-gardes françaises. Le 11, les armées du Nord et de Sambre-et-Meuse font leur jonction et, au lieu de se présenter comme libératrices, elles n'ont, au contraire, comme seul but, imposer un régime d'impérialisme républicain aux Belges. Ils s'empressent de faire désarmer la population. Ils imposent l'acceptation d'assignats, au même cours que les monnaies métalliques et fixent unmaximum pour les prix. Immédiatement, cela entraîne une hausse des prix des denrées.

    La statue de Charles de Lorraine est une nouvelle fois descendue de son piédestal. La Société des Amis de la Liberté et de l'égalité est reconstituée sous le nouveau nom de Société populaire, avec VERLOOY comme Président. Une proclamation rend obligatoire le port d'une cocarde tricolore et en septembre 1794 la célébration des fêtes républicaines est introduite, selon le nouveau calendrier. L'église Saint-Jacques-sur-Coudenberg, transformée en Temple de la Raison, voit s'y dérouler les grandes cérémonies civiques, que la majorité du peuple bruxellois boude.

DIRECTOIRE (1795 - 1799) Incorporation à la France

    Au cours de l'année 1795, les institutions traditionnelles subissent de nouvelles mesures. Les trois Membres (Magistrat, Large Conseil et Conseil des Nations) sont remplacés par un Conseil Municipal (exécutif) composé de 18 membres, dont le Maire, et un Conseil général de la Commune (délibératif) composé de 36 citoyens. Le pouvoir judiciaire est confié à un groupe de sept personnes (provisoirement). Le Maire voit se placer à ses côtés, un agent national et son substitut (remplace l'Amman et le Lieutenant), un secrétaire-greffier et un trésorier. Un décret du Comité de Salut public avait remplacé les anciennes Provinces par des Départements, eux-mêmes divisés en Cantons et enMunicipalités. De ce fait, Bruxelles devient le chef-lieu du département de la Dyle (partie méridionale de l'ancien duché de Brabant), et forme à lui seul un canton.

    Saint-Josse-ten-Noode et Schaerbeek sont rattachés au canton de Woluwé-Saint-Etienne; Ixelles, Saint-Gilles et Forest au canton d'Uccle; Anderlecht, Laeken et Molenbeek-Saint-Jean au canton d'Anderlecht. Et donc, le territoire se trouvant dans les limites de l'enceinte du XIVe siècle est détaché de celui des villages environnants, qui depuis près de cinq cents ans, formait sa franchise ( la cure).
    Le 1er octobre 1795 (9 Vendémiaire, an IV), les anciens Pays-Bas autrichiens et l'ancienne Principauté de Liège sont incorporés à la France et les Belges deviennent des citoyens de la République française.
    Un Commisssaire de la République, du nom de Bouteville, est nommé pour administrer les départements réunis. Les modifications principales instaurées sont:

    - Suppression des Serments ou milices bourgeoises.
    - Suppression des corporations   
    - Interdiction des processions religieuses hors des églises
    - Suppression des abbayes, couvents, disparition des communautés et confiscation de leurs biens.
    - en ce qui concerne la justice: division de la ville en huit sections, chacune ayant son juge de paix, son commissaire de police. Elle est le siège d'un tribunal correctionnel. Un code des délits et des peines est publié.
    - Remplacement de l'ancien code des impôts par des contributions à payer par tous les citoyens, proportionnellement à leurs revenus.
    - Suppression des douanes intérieures.

Toutes les lois de la République deviennent applicables aux départements belges, à partir du 6 décembre 1796. La mission de Bouteville se termine le 20 janvier 1797 et les citoyens des départements belges sont appelés à participer aux élections générales. Désintérêt total de la population pour ces élections.

    Il y a une volonté très nette des Républicains de déchristianiser la vie des Belges. Brutalement, on oblige les prêtres à prêter le serment de haine à la royauté et de fidélité républicaine. Tout ceci fait naître une résistance  qui se mue en révolte ouverte à l'instauration de la conscription militaire. Il y a même une insurrection générale dans les campagnes flamandes, qui est connue sous le nom de "guerre des paysans". A Bruxelles, le sieur Charles-Joseph Jacquemin prend la tête de la guerilla anti Français. Il est arrêté, exécuté et sa tête exposée sur l'échafaud de la Grand-Place. La population courbe la tête.

Bruxelles sous le Consulat et l'Empire (1799 - 1814)

    Le 9-10 novembre 1799 (18 Brumaire), a lieu le fameux coup d'Etat, par lequel le général Napoléon Bonaparte est porté au pouvoir. Un de ses premiers actes est de faire cesser les persécutions religieuses. le 16 janvier 1801, il conclut un Concordat avec la Papauté. Ces mesures n'empêchent pas une situation sociale et économique déplorable. La plupart des magasins de luxe sont fermés. Les petits commerçants ne font plus leur chiffre et il y a un ralentissement important de l'activité des manufactures. Le paupérisme, énorme déjà sous le régime autrichien, s'accroît encore.

    Le 21 juillet 1803, Bonaparte vient rendre visite à Bruxelles. Des arcs de triomphe sont dressés et l'accueil de la population est chaleureux. Pour signifier sa satisfaction, le premier Consul fait distribuer des gratifications aux ouvriers et fait des dons à l'église Sainte-Gudule, aux Soeurs Noires, au préfet et au maire. Il passe commande de quinze carrosses au carrossier Simons, commande un surplis en dentelles destiné au pape et des robes pour Joséphine. Après neuf jours il quitte Bruxelles pour Louvain.   
    Lorsque Napoléon revint à Bruxelles sept ans plus tard, en 1810, l'enthousiasme de la population ne fut plus le même.

    Dans le domaine scolaire, Napoléon remplaça les écoles centrales par des Lycées, dont la fonction était de préparer des serviteurs de l'Etat. Au-dessus du Lycée, il y avait des écoles spéciales comme l'Ecole de droit et la Faculté des Lettres.

    L'Administration municipale organisa un Service Incendie, d'une cinquantaine d'hommes.

    Pour le maintien de l'ordre, trois compagnies de gardes municipaux de 50 hommes chacune, sont créées.

    Pour la distribution du courrier dans l'ensemble de la ville, douze facteurs suffisent et il n'y a que quatre boîtes aux lettres.

Bruxelles sous le Régime Hollandais (1814 - 1830)

Evénements de transition (1814-1815)

    Début 1814, on voit les signes d'une débâcle napoléonienne. Après la retraite de Russie de la Grande Armée et la victoire des alliés européens à Leipzig, les Bruxellois se réveillent et multiplient les écrits contre le tyran. La guerre continue en France et on apprend que le général prussien von Bullow a battu les Français à Hoogstraeten. Du coup les fonctionnaires impériaux sont pris de panique et quittent Bruxelles en hâte avec leur famille. Le 1er février les dernières troupes françaises quittent la ville et quelques heures plus tard, des cosaques font leur entrée par la porte de Louvain, suivis de quelques escadrons de Hussards et de Uhlans prussiens et de chasseurs à pied. On vit même des Suédois, des Hanséates et des Baskirs armés d'arc et de flèches.

    Le 2 février l'arbre de la Liberté planté Place Royale, par les sans-culottes, est abattu et brûlé. Le 8 février le duc de Saxe-Weimar, général en chef des armées alliées dans les Pays-Bas, fait son entrée à Bruxelles et les fêtes se succèdent, et les Bruxellois exultent de joie.

    Le 15 février, les puissances alliées installent un gouvernement provisoire à Bruxelles avec à sa tête le duc de Beaufort, et forcent le maire, le duc d'Ursel, à démissionner. C'est le baron Joseph van der Linden d'Hooghvoorst qui le remplace en qualité de maire.

    Le 1er avril, les Alliés font leur entrée à Paris, et c'est le prince-souverain des Pays-Bas qui devient gouverneur général, en attendant une union complète de la Belgique avec la Hollande.

    La joie de février est rapidement effacée par l'attitude méprisante des troupes prussiennes. Mais, fort heureusement, celles-ci quittent la capitale au début de l'été et ce sont les unités anglaises qui les remplacent.

      Au mois de mars 1815, des rumeurs circulent annonçant que Napoléon, ayant quitté l'île d'Elbe, aurait débarqué sur les côtes de Provence et serait en route vers Paris.

    Le 15 juin, alors que la fête, organisée par le duc de Richmond, dans son hôtel de la rue de la Blanchisserie, bat son plein, le jeune prince d'Orange qui est présent, est averti que Napoléon a pénétré en Belgique à la tête de son armée reconstituée. Et à quatre heures du matin, les premières unités s'ébranlent pour aller à sa rencontre. Le 18 juin au soir, on apprend que Wellington et Blücher ont remporté la bataille de Mont-Saint-Jean près de Waterloo. Bruxelles se transforme en un immense hôpital qui accueille les blessés du champ de bataille.  Napoléon est relégué dans l'île de Sainte-Hélène et l'organisation du nouveau royaume des Pays-Bas se poursuit. Après cette défaite de Napoléon à Waterloo, l'Angleterre avait imposé l'union de la Belgique aux Pays-Bas, pour, en fait, empêcher la France de recommencer une tentative de conquête de l'Europe. Par le traîté de Paris (30 mai 1814), les Puissances ont déjà reconnu l'indépendance de la Hollande tout en envisageant de lui donner la Belgique, pour accroître son territoire et former une barrière à la France. 
    Le Congrès de Berlin (1814 - 1815) avait ratifié les décisions des coalisés et enlevé à la Belgique, les cantons de Malmédy, d'Eupen et de Saint-Vith afin de les donner à la Prusse. D'autre part il avait attribué le Grand-Duché de Luxembourg à Guillaume d'Orange, en dédommagement de la perte des territoires que sa maison possédait en Allemagne.

    La Loi fondamentale, c'est-à-dire la constitution hollandaise, est mise en vigueur, dans nos provinces, le 24 août 1815, malgré l'opposition de pratiquement tous les notables belges.

    Il y a une atmosphère de méfiance qui s'installe entre la population et Guillaume Ier. La langue est différente, la religion également. Le 21 septembre 1815, lors de son inauguration officielle, Guillaume Ier prononce son discours officiel d'ouverture des Etats Génraux, en flamand uniquement. Maladresse monumentale et étonnement des nobles et de la bourgeoisie présents dans la salle gothique de l'Hôtel de Ville.

Période  charnière de 1815 à 1830

    Néanmoins, le pouvoir hollandais fait des efforts pour la reprise économique.

    L'idée ancienne de relier Bruxelles à la Sambre, pour faciliter le transport du charbon et des produits manufacturés du Hainaut, est reprise, et les travaux de creusement de ce canal dit de Charleroi, sont entamés le 5 avril 1826.

    Des fabriques de cotonnades s'ouvrent dans les villages de l'ancienne cure, à Anderlecht-Cureghem, Molenbeek-Saint-Jean, Koekelberg et Laeken; des tissages, des fabriques de soude, de savon noir, des ateliers cartographiques s'ouvrent également. En 1825, De grands bâtiments sont construits à l'emplacement du Jardin botannique, à côté du Palais de Charles de Lorraine et un nouveau Jardin botannique est créé, hors de la porte de Schaerbeek, en contrebas du boulevard qui vient d'être ouvert. Près du Parc, un superbe palais de style neo-classique est élevé (actuel Palais des Académies) pour y loger le prince d'Orange. Sous le règne de Guillaume Ier, il y a également l'apparition de l'éclairage au gaz et Bruxelles devient la première ville du continent utilisant ce nouveau mode d'éclairage.

    Par ailleurs, le gouvernement de Guillaume Ier indispose la bourgeoisie. 

    - Il y a un despotisme administratif évident. La préférence est accordée aux Hollandais dans toutes les branches de l'administration publique. 

    - Des poursuites judiciaires sont nombreuses contre les journalistes et leurs journaux.

    - Des mesures relatives à l'emploi de la langue néerlandaise: dès 1819, la politique linguistique de Guillaume Ier tend à enlever à la langue française, sa situation de langue officielle qu'elle occupait, depuis la conquête française, notamment dans les provinces flamandes.

    -La politique autoritaire en matière religieuse. Le partage inégal et injuste de la dette publique entre les provinces du Nord et celles du Sud, etc. . .  Tout concourt à la montée d'une opposition des forces néo-libérales alliées à celles des catholiques. 

    Pour faire passer certaines choses, la régence de la Ville dresse d'importants programmes de distractions, comme des cavalcades, des jeux avec prix sur le canal, des feux d'artifices, des concerts de musique d'harmonie dans le parc etc.

    Au cours de la quinzaine du Jubilé, on vit un grand tir à l'arc, au Chien Vert, par laSociété Saint-Sébastien, un Grand bal, des illuminations et un feu d'artifice au Jardin Saint-Georges, rue des Alexiens, une ascension d'un ballon au Jardin Saint-Georges.

Bruxelles et la Révolution de 1830

 

NAISSANCE DE L'ETAT BELGE
    Le 25 août 1830 au soir, à l'occasion du 50ème anniversaire du Roi Guillaume, au théâtre de la Monnaie a lieu la représentation de l'Opéra en 5 actes, "La Muette de Portici", de Daniel-Esprit Aubert, paroles de Eugène Scribe et Germain Delavigne, qui enflamme les sentiments patriotiques. Le rôle du héros napolitain Massianello est interprété par le ténor La Feuillade. Au moment où il chante avec son ami Pietro le duo de l'Amour sacré de la Patrie : "Amour sacré de la Patrie, Rends-nous l'audace et la fierté, A mon pays je dois la vie, Il me devra la liberté", le public s'échauffe.  Au troisième acte, Lafeuillade brandit une hache et chante: 

Va dire aux étrangers que tu nommes les maîtres, 
Que nous foulons aux pieds leur pouvoir inhumain
N'insulte plus, toi qui nous braves,
A des maux trop longtemps soufferts
Tu crois parler à des esclaves
Et nous avons brisé nos fers
Le choeur reprend :

"Courons à la vengeance !
Des armes, des flambeaux!
Et que notre vaillance,
Mette un terme à nos maux".

    L'assistance se lève, applaudit à tout rompre, et aux cris "Aux armes, aux armes!" se précipite  à l'extérieur et se mêle à la foule. Ensemble, ils se dirigent vers les bureaux du journal pro-orangiste "Le National", mettent l'immeuble à sac et l'émeute prend naissance. Des postes de police sont assaillis et des armes sont emportées. La foule est déchaînée et s'en prend même aux biens privés. Ce n'était, bien évidemment, pas ce que l'Union catholico-libérale souhaitait. Le lendemain de l'émeute, le baron Emmanuel d'Hoogvorst, ainsi que des nobles et bourgeois énergiques, décident de prendre des mesures de défense sociale et organisent une Garde Bourgeoise. A leur appel, de nombreux volontaires répondent et d'Hoogvorst devient le commandant en chef. Ils se substituent à l'autorité publique, à l'armée hollandaise, assurent la protection de la propriété et le maintien de l'ordre. Ils choisissent comme emblème de ralliement, les couleurs de la révolution brabançonne.

    La nouvelle de ces événements arrive à Liège. Les Liégeois décident de prêter main forte aux Bruxellois, et des volontaires quittent Liège pour Bruxelles, le 4 septembre 1830. Ils sont d'autant plus sensibilisés, que Liège aussi est occupée par les Hollandais, retranchés dans la citadelle. Et des volontaires de la garde urbaine assiègent la garnison afin d'empêcher tout ravitaillement. Le 6 octobre, la citadelle capitule.

    Entre-temps, Guillaume d'Orange a envoyé vers Bruxelles, une armée de 6000 hommes, commandée par ses deux fils. Lorsque les Hollandais arrivent à Vilvorde le 30 août, les bruxellois élèvent des barricades. Voyant l'opposition, le fils aîné du roi, le prince d'Orange, renonce à la force et entre dans la ville accompagné seulement de quelques officiers, encadrés par la garde bourgeoise. Les négociations sont entamées et deux jours plus tard, le prince repart vers la Hollande pour soumettre à son père un plan de séparation administrative élaboré par les notables bruxellois. En même temps, il fait reculer ses troupes jusqu'à Anvers.

    L'agitation a pris de l'ampleur et l'anarchie s'étend. Alors qu'une délégation de députés belges s'est rendue à La Haye pour l'ouverture des Etats Généraux le 8 septembre, l'agitation prenant une telle ampleur, les modérés constituent uneCommission de sureté publique. La foule, mécontente du peu d'action de cette commission, chasse celle-ci dix jours plus tard et désarme la garde bourgeoise. Le roi Guillaume, saisit cette occasion et donne l'ordre à son fils Frédéric de marcher sur Bruxelles et d'y rétablir l'ordre.

    Le 23, les Hollandais entrent dans Bruxelles, mais doivent faire face aux barricades et au feu nourri de volontaires. Le 24, une Commission administrative, comprenant, d'Hoogvorst, Charles Rogier et Jolly, s'installe à l'hôtel de ville. Elle nomme don Juan Van Halen commandant en chef des patriotes. Cette commission administrative, à laquelle s'ajoute les chefs de la Commission de sûreté, devient le 26 septembre, le Gouvernement provisoire, dans lequel on trouve, Alexandre Gendebien, le comte de Mérode, Charles Rogier, le baron André Jolly, le Général baron d'Hoogvorst, Vanderlinden, de Coppin, Sylvain van de Weyer et Louis de Potter. Ce Gouvernement provisoire s'attribue tous les pouvoirs en vue d'une Assemblée constituante.

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    Les Hollandais étaient retranchés dans le Parc de Bruxelles, encerclés par les patriotes. Pendant quatre jours, ils essuient le feu des patriotes. Et dans la nuit du 26 au 27 septembre, ils battent en retraite et évacuent le Parc. Cette victoire des insurgés se répand dans tout le pays, et, l'une après l'autre, les villes se libèrent.

    Le 4 octobre, le Gouvernement provisoire proclame l'indépendance des provinces belges. Les Hollandais poursuivis par les patriotes, sont refoulés sur la Nèthe, puis sur Anvers. Deux citadelles restent en leur pouvoir, celle d'Anvers et celle de Maestricht.

     Le 4 novembre, la Conférence de Londres, qui regroupe l'Angleterre, la France, l'Autriche, la Russie et la Prusse, impose l'armistice aux belligérants et ordonne l'évacuation des territoires de l'un et de l'autre. La dissolution du royaume des Pays-Bas est décidée, de même que l'indépendance de la Belgique, la neutralité et l'inviolabilité du nouvel Etat Belgique.

    Le Congrès National se réunit le 10 novembre et vote trois décrets majeurs:

    - la déchéance de la famille d'Orange-Nassau

    - l'Indépendance du peuple belge

    - la monarchie héréditaire et représentative

    En conclusion, le Gouvernement de la Belgique devra être monarchique, constitutionnel et parlementaire. L'article 126 de la Constitution proclame: "La ville de Bruxelles est la capitale de la Belgique et le siège du Gouvernement.

    La couronne de Belgique est proposée au duc de Nemours, fils de Louis-Philippe, roi des Français. Le roi refuse, craignant la réaction hostile de l'Angleterre. Le Congrès institue la Régence le 7 février 1831, et cette charge est conférée au baron Ernest-Louis Surlet de Chokier. En même temps, le Gouvernement provisoire est dissout. Ce même jour la Constitution belge est proclamée.
    Le Congrès National, le 4 juin, charge Lebeau, Ministre des Affaires Etrangères, de négocier le trône de Belgique avec le prince Léopold de Saxe-Cobourg, appuyé par l'Angleterre. Celui-ci assujettit son agrément à l'adoption du traité des XVIII articles par le Congrès National, traité qui avait été proposé par les Puissances comme préliminaire de paix. De vifs débats ont lieu, et finalement le traité est accepté par le Congrès le 9 juillet.

    Le 21 juillet, l'inauguration du nouveau souverain a lieu sur la place Royale, et prête le serment: "Je jure d'observer la Constitution et les lois du peuple belge, de maintenir l'indépendance nationale et l'intégrité du territoire".

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    Il y eut un autre prétendant au trône de Belgique, dont, à ma connaissance, aucun livre d'histoire ne parle. A l'occasion de l'écriture d'une biographie du duc Prosper-Louis d'Arenberg (1785-1861), le Prince Jean-Engelbert d'Arenberg a longuement consulté les archives de la famille conservées à Enghien. Il découvrit que certains documents faisaient allusion à d'importantes démarches entreprises, sur ordre du Saint-Siège, par l'Internonce à Bruxelles et La Haye, Mgr Capaccini. Il trouve également une référence à une étude de l'Abbé A. Simons, publiée en 1944-46, qui, elle-même, se réfère à  un ouvrage du vicomte Terlinden de 1906. De cette documentation, il ressortait pourtant que le Saint-Siège voulait, en 1830, que le duc Prosper-Louis devienne le roi du nouvel Etat belge.

    Pour compléter ses recherches, et voir confirmé le fait historique, le Prince Jean-Engelbert d'Arenberg souhaita poursuivre ses recherches au Vatican même. Via un diplomate de l'ambassade près le Saint-Siège, il localisa les dossiers recherchés à l' "Archivio Segreto Vaticano", répertoriés sous l'intitulé "Paesi Bassi".

    Le Préfet des archives mit à la disposition du Prince Jean-Engelbert les dépêches originales envoyées au Saint-Siège par ses représentants à l'étranger, ainsi que les minutes des instructions que ceux-ci recevaient de Rome. Et, le Prince Jean-Engelbert ( par ailleurs Très Haut Chef-Doyen du Grand Serment de Saint-Georges ), eut la chance de consulter les documents officiels traitant de la candidature du duc Prosper-Louis au trône de Belgique, et souhaitée par Rome.

    Ses recherches ont fait l'objet d'un très intéressant ouvrage, repris au point 13 des Sources, et je saisis l'occasion pour remercier S.A.S. le duc d'Arenberg Jean-Engelbert de m'avoir offert ce livre unique en son genre.

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Duc Prosper-Louis d'Arenberg (1785 - 1861)


Sources:
1. Vieux Bruxelles Illustré, Léon  VAN NECK, Ed. O. LAMBERT, 1909.
2. Bruxelles, Esquisse Historique, Louis VERNIERS, Ed. A. DE BOECK, 1941
3. Légendes bruxelloises, DE VOGEL, Ed. Lefèvre, 1890
4. Bruxelles ancien et nouveau, Ch. DUPRESSOIR & E. BOCHART, Librairie Périchon, 1853
5. Les premiers remparts de Bruxelles, P. BONENFANT ( Annales S.R.A.B., 1936.
6. Organisation du travail à Bruxelles au XVe s, G. DES MAREZ, Coll. Mémoires A.R.B., 1904.
7. BRUXELLES Architecture civile et militaire avant 1900, V.-G. MARTINY, Ed. J.-M. COLLET, 1992.
8. Histoire de la Ville de Bruxelles, HENNE et WAUTERS, 1845.
9. Histoire des environs de Bruxelles ou  Description historique des localités qui formaient autrefois l"ammanie de cette ville, A. WAUTERS, 1857.
10. Abrégé de l'Histoire  Ecclésiastique civile et  naturelle  de la  ville de Bruxelles  et de ses environs, Abbé MANN,  1785. 
11. Bruxelles Septenaria, PUTEANUS
12. Histoire de BruxellesBiographie d'une Capitale, Georges-Henri DUMONT, Ed.Le Cri, 1997.
13. La couronne de Belgique et le Saint-Siège (1830-1831), Prince Jean d'Arenberg, Ed. Studium Arenbergense, Enghien, 1991.

 

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